Cercle vicieux

Pour quelles raisons les partenariats offshore ne garantissent-ils pas à la Nouvelle-Calédonie le retour de valeur ajoutée tiré de la valorisation de la ressource minière?

Cela tient pour l’essentiel au déséquilibre de la structure des partenariats qui tourne inexorablement à l’avantage des industriels produisant cette valeur ajoutée. Je parle en connaissance de cause pour avoir perçu et mesuré les limites d’un tel montage en tant que membre du conseil de direction de SNNC de 2008 à 2014[1]. Explications…

Bien que l’actionnaire local détienne 51% de l’apport de départ constituant le capital social des co-entreprises, les coûts des infrastructures industrielles et minières finissent toujours par dépasser ce montant. Ce fut le cas de l’usine du Nord et de la filière coréenne. Il y a donc un déséquilibre financier important qui se creuse au fil du temps entre les partenaires puisqu’une fois la ressource minière apportée SMSP n’a pas les moyens de contribuer à hauteur de 51% du coût total des investissements industriels et miniers.

D’autre part, le fait que l’actionnaire local détienne (symboliquement) 51% du capital social ne lui confère pas 51% mais seulement 50% des droits de vote au sein des conseils de direction. Cette différence change tout car compte tenu du déséquilibre dont nous venons de parler, le partenaire industriel qui génère la valeur ajoutée et détient la ressource financière impose forcément ses lois à celui qui apporte la ressource.

Il n’est nul besoin d’être un inspecteur général des finances pour comprendre que cet enchaînement diabolique permet au partenaire étranger de faire main basse sur la ressource minière tout en captant la plus grande partie de la rente métallurgique. Le partenaire local n’a d’autre choix que de s’endetter indirectement auprès du partenaire industriel qui sécurise et garantit les financements pour les co-entreprises.

Concrètement, compte tenu du pouvoir financier exercé par POSCO, une partie des profits générés par l’usine de Gwangyang ne sont pas revenus en Nouvelle-Calédonie mais ont été réinvestis sur place, en Corée, pour financer l’extension de sa capacité de production. Seuls 9.7 milliards XPF de dividendes ont été versés à SMSP par SNNC pour une production de 262 000 tonnes de nickel métal produit ayant dégagé un EBITDA de 58.9 milliards XPF, alors que NMC cumule des pertes si importantes qu’il est quasiment impossible pour les porteurs de projets de les communiquer aux calédoniens.

Un tel déséquilibre se reproduira avec le projet chinois s’il se réalise dans les conditions annoncées. Comme pour la Corée, tôt ou tard les petits mineurs calédoniens seront mis devant le même fait accompli parce que NMC (ou une autre structure) ne pourra pas fournir à elle seule l’usine chinoise. Comme ce fut également le cas en Corée, l’usine chinoise augmentera sa capacité de production dès qu’elle sera amortie. A charge après au partenaire local de faire pression sur les autorités calédoniennes pour que de nouvelles ressources minières soient apportées. A nouveau, les autres mineurs seront appelés à la rescousse, au nom de la solidarité sur fond de conflit.

C’est par cet effet boule de neige que les grandes compagnies étrangères drainent la ressource minière, et ceci n’est pas propre à la Nouvelle-Calédonie. Pour cela, il suffit d’un petit coup de pouce de l’élite locale qui exige que ces compagnies passent par elle puisqu’elle s’est découvert la mission historique de servir d’intermédiaire entre la terre des ancêtres et le grand capital. Concrètement, il suffira que le président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie délivre les autorisations d’exportation à NMC et refuse ou limite celles qui seront demandées par les petits mineurs sous prétexte qu’il s’agit de minerai brut. Laissons donc le soin aux hommes politiques aujourd’hui en charge des affaires publiques d’expliquer ce Catch 22 aux générations futures qui auront pour seul héritage le passif environnemental, et pour unique horizon, la baie rouge de Nakéty ou de Kouaoua un jour de chargement par temps de pluie.

[1] Parti à la retraite en septembre 2014
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