Les dires de l’expert

d-julienneL’inénarrable Didier Julienne ne fait pas partie de ces « analystes imprévoyants » dont il dénonce régulièrement le manque d’intuition et qui courent surtout le risque de faire des projections sur les tendances du marché du nickel. On ne peut pas comparer l’approche de notre expert des matières premières à celle des analystes de l’économie du nickel que sont Jim Lennon, Andrew Mitchell, Gerhard Pariser ou des industriels tels que Kenny Ives, Peter Poppinga ou Patrick Buffet. Non, Didier Julienne ne se risque pas dans les prévisions et perspectives, mais fait partie de ces « experts » reproduisant des lieux communs. Sa marque de fabrique est l’amnésie lui permettant de reprendre systématiquement à son compte l’évolution historique des faits. Reprenez ses différents billets sur le nickel (à partir des quatre liens ci-dessous) et vous comprendrez très vite qu’il n’est ni un analyste, ni un industriel, que l’expert ne propose ni analyse économique de données tangibles, ni véritable stratégie industrielle dont il serait tenu pour responsable. Les professionnels ne s’y trompent pas. Notre expert est une boite aux lettres et un porte-voix au service d’une idéologie, notamment depuis la dernière conférence internationale sur le nickel qui a eu lieu à Nouméa en juillet 2013.
La parole hautaine de l’expert. Une semaine avant la conférence internationale qui se tenait à Nouméa, nous nous étions rendus en Corée (lui venant de Paris et moi de Nouméa) afin qu’il s’imprègne du sujet. Après avoir visité l’usine de Gwangyang nous avions peaufiné ensemble à l’hôtel l’intervention qu’il devait faire, d’abord devant les membres du CESE réunis à la mairie de Nouméa, puis au Méridien lors de la conférence. A la lecture du son projet de présentation force fut de constater que son approche manquait terriblement de données factuelles sur le marché du nickel et le l’industrie calédonienne en particulier. Le fait de souligner que les tensions internes à la Nouvelle-Calédonie pour l’accès à la ressource font perdre de vue le jeu de la concurrence internationale était sans doute exacte et méritait d’être rappelé lors d’une conférence internationale. Mais, « être gouverné par le nickel ne s’improvise pas ». En effet, sur la forme, la haute opinion que l’expert parisien a de lui-même et le style ampoulé qu’on lui connaît, constituaient la trace indélébile d’une intervention que bon nombre de calédoniens, y compris indépendantistes, ont jugé déplacé et méprisante. Sur le fond, le manque d’analyse économique a eu raison des digressions. Contrairement à ce qu’il y affirmait, les nouvelles usines calédoniennes n’ont pas des coûts de production extrêmement bas et leur avenir est aujourd’hui tout aussi incertain que celui de SLN dont il dénonce inlassablement le manque de stratégie. L’expert se désole du manque de marketing offensif de la Nouvelle-Calédonie sans prendre en compte le fait que les usines sont financées et gérées par des entités étrangères (Eramet, Vale, Glencore, POSCO) qui, étant donné leur prise de risque, s’arrogent l’exclusivité de la commercialisation du nickel métal pour s’assurer du retour sur investissement. Enfin, contrairement à ce qu’il continue d’affirmer, et qui est finalement le but de ses interventions, la rente métal de l’usine offshore n’améliore pas la compétitivité minière. C’est plutôt le contraire qui s’est produit, d’où l’appel à la solidarité auprès des autres mineurs pour fournir l’usine de POSCO.
Les chiffres publiés par POSCO. Selon les dires de notre expert-pigiste, « les producteurs qui écoutèrent ses mises en garde de 2012 à 2014 » sont sur la voie du redressement. L’un d’entre eux nous dit-il, lui aurait même indiqué avoir baissé son coût de production de 40% depuis trois ans. Devinez de qui il s’agit? Pour lui, « à un prix moyen inférieur à 4.33$/lb la production serait profitable. Au prix actuel, supérieur à 10 000$ (4.5$/lb) c’est presque Byzance ». Pour les autres, ceux qui ne l’on pas écouté, « c’est la Bérézina », le manque de stratégie, le déni de vérité, le refus d’écouter, l’immobilisme. Bien sûr, la réduction drastique des coûts de production s’est depuis imposée à tous les opérateurs calédoniens car aucun ne peut survivre dans ces conditions et sans l’intervention de l’Etat. Mais le manichéisme de l’expert prête à sourire lorsque l’on connait les résultats des trois dernières années pendant lesquelles le partenariat offshore est censé avoir réduit son coût de production de 40%. Au cours des trois dernières années NMC a enregistré des pertes consécutives de 3.7, 2.2 et 4.3 milliards XPF, soit une perte cumulée de 10,2 milliards, alors que les cours moyens du nickel étaient respectivement de 6.8, 7.6 et 5.3 dollars la livre, c’est-à-dire à des taux relativement élevés par rapport à 2016. Sur la même période SNNC, l’usine que les alliés politiques qualifiaient d’insubmersible, enregistrait une perte cumulée de 1.2 milliard XPF. Au cours de ces trois dernières années l’usine offshore (mine et usine) a dégagé une perte consolidée de 11.4 milliards XPF. Ces chiffres, non accessibles en Nouvelle-Calédonie, sont incontestables puisque issus des rapports financiers de POSCO disponibles sur son site internet (également téléchargeables à partir de Calédonickel). Comment Didier Julienne explique-t-il ces pertes et ou sont les soi-disants gains de compétitivité? A-t-il seulement eu en sa possession les bilans et comptes de résultats de ces trois dernières années, ou reproduit-il in extenso contre cachet les balivernes de son commanditaire ? Comptablement, ou se trouve et comment se traduit la réduction des coûts de 40%? Assurément, le prochain rapport financier de POSCO devrait nous éclairer sur le sujet.
https://www.dropbox.com/s/7hsvq8mlqfspzpo/DJ%20Nickel%20embargo%20et%20d%C3%A9pression%20Nickel%20LesEchos.fr%20150117.pdf?dl=0
https://www.dropbox.com/s/w8u7pnvaiaclvax/DJ%20Crise%20du%20nickel%2C%20peut-on%20sauver%20la%20SLN%20France%20TVInfo%20270214.pdf?dl=0
https://www.dropbox.com/s/ddwydaj5logz62y/DJ%20Nickel%2C%20chagrin%20d%E2%80%99hiver%20%20LesEchos.fr%20171016.pdf?dl=0
https://www.dropbox.com/s/x2pjxttwzetkd2n/DJ%20Noum%C3%A9a%202013.pdf?dl=0
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