Espoirs déçus

Raphael_Pidjot1Lors de l’assemblée générale de SONAREP en date du 14 décembre dernier, le représentant de l’actionnaire de la province Nord SODEPAR n’a pas suivi les déclarations pourtant faites publiquement par le président de Nord Avenir qui disait vouloir veiller à l’unité de la population de Poum. Il s’est au contraire opposé à la volonté de la majorité de l’actionnariat populaire kanak pour tenter de prendre le contrôle des organes de direction. Inéluctablement, le conseil d’administration qui a suivi l’assemblée générale n’a pas pu désigner son président puisque les administrateurs représentant le clan et le GDPL Boubopa ont refusé d’y participer (art L225-37 du code du commerce). Faute de quorum et d’apaisement, le portail au pied de mine est resté fermé et l’activité est toujours à l’arrêt. Les représentants du GDPL Boubopa et des petits porteurs des différentes tribus continuent de dénoncer dans l’indifférence générale « le double langage de Nord Avenir ». Dans leurs communiqués successifs ils y dénoncent les manoeuvres visant à déstabiliser l’actionnariat populaire dans le seul but non atteint de distribuer les dividendes, puis enfin de « monnayer la sortie de Nord Avenir ». Dans la foulée le représentant de l’actionnaire public a donc fait parvenir un projet de protocole d’accord sur la sortie de SODEPAR du capital de SONAREP.
Le but des grandes manœuvres. Les termes du dit protocole d’accord proposé par les directeurs de Nord Avenir, SODEPAR et SONAREP, illustrent parfaitement les soupçons formulés depuis le début du conflit par le clan, le GDPL et les petits porteurs de Poum. Le processus de sortie prévoit en effet la réduction du capital social par rachat d’actions. Concrètement, cette opération vise à annuler les actions détenues par SODEPAR au profit du GDPL de Boubopa. Conformément au cahier de revendications déposé par les représentants du GDPL il y est acté la démission de la directrice générale, mais pas immédiatement – qu’après qu’elle n’ait pu expédier les affaires courantes qui prendront fin à la fin du processus de sortie. La valeur de la société est estimée par les directeurs de Nord Avenir à 840 millions. Les 34% du capital encore détenu par SODEPAR représenteraient donc entre 285 et 231 millions selon la méthode d’évaluation choisie. Toujours selon le protocole, les parties s’engageraient à renoncer à toutes contestations et actions judiciaires trouvant directement ou indirectement son origine dans la gestion de SONAREP et dans le rachat d’actions.
Quitus et surévaluation de la valeur des actions. Alors que les représentants du GDPL avaient demandé la démission immédiate de la directrice générale de SONAREP pour s’être immiscée dans les affaires du clan à la recherche de procurations, le protocole propose non seulement de donner à la direction le pouvoir de négocier la sortie, mais aussi d’allouer aux deux directeurs des indemnités de départ restant à négocier, ce qui va coûter effectivement très cher à la société. Qui plus est, à la lecture des derniers états financiers clos le 30 juin 2016, l’on note en outre que les disponibilités de la société s’élèvent à 479 millions XPF. Ces dernières étaient de 414 millions un an auparavant. Rares sont les sociétés faisant partie du pôle de diversification économique de la province Nord qui disposent d’autant de liquidités. Vu la situation financière structurellement déficitaire de Nord Avenir (voir les articles Paniers percés et Attention à l’atterrissage) l’on comprend mieux pourquoi SODEPAR menace aujourd’hui de sortir par le rachat immédiat, en numéraire et au prix fort de ses actions, quitte à déstabiliser l’entreprise. En poursuivant la lecture des états financiers (accessibles ci-dessous, tout comme le projet de protocole) l’on constate aussi que l’évaluation proposée par l’actionnaire public est bien supérieure aux capitaux propres qui sont de 681 millions. Dans tout les cas, la méthode d’évaluation devrait être identique à celle précédemment employée.
L’actionnariat populaire en péril. Mais au delà de la détermination de la valeur vénale des actions (calculée par la rente abrégée du goodwill ou sur la base de la valeur des capitaux propres), le fait de vouloir ainsi ponctionner à la source les rares entreprises qui survivent et génèrent des profits au sein du groupe n’est pas pour inciter l’actionnariat populaire et les initiatives locales au sein du monde kanak. Comment en effet expliquer aux membres des tribus isolées qui travaillent, thésaurisent et ont été au coeur de la mobilisation pour l’usine du Nord en 1997 et 1998, que depuis prés de vingt ans les revenus de SOFINOR puis aujourd’hui de Nord Avenir, ne servent qu’a combler les pertes abyssales générées par la gestion déplorable de politiques prétendant non seulement lutter contre la domination de l’Etat colonial, mais vivant très confortablement depuis deux décennies des deniers publics? Assurément, l’on est aujourd’hui loin de La Confiance et de la parole donnée par le président de Nord Avenir sur la nécessité de maintenir la cohésion sociale et l’esprit d’initiative dans le monde économique. On est surtout loin, très loin, de l’esprit qui a prévalu et qui fut à l’origine de l’actionnariat populaire. Avec SOFINOR, puis Nord Avenir, l’on est en effet aux antipodes de l’outil de diversification qu’avait jadis envisagé Raphaël Pidjot avec le soutien indéfectible du vieux André Théan-Hiouen et de Cézelin Tchoeaoua, dans le seul but de donner corps à l’unité et à l’émancipation économique du peuple kanak.
Pour prendre connaissance du protocole d’accord et des derniers états financiers de SONAREP
https://www.dropbox.com/s/48roe0ud6kd1tik/SONAREP.pdf?dl=0
https://www.dropbox.com/s/u4lxgu75nk25lw7/protocole%20Sonarep%20projet%20du%2016%2012%202016%20%281%29.pdf?dl=0
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