Paniers percés

th9hvw00dfLe groupe Nord Avenir est le tout nouveau fer de lance de la province Nord. Il marque en principe la séparation des activités minières et métallurgiques des activités de diversification économique. Les véritables raisons de cette séparation tiennent à la survie du secteur minier et sont évoquées sans langue de bois dans l’article Attention à l’atterrissage! Les conclusions du dernier rapport final de la Chambre Territoriale des Comptes (en date du 20 juin 2011) sur la gestion de l’ancienne structure créée en 1990 dans le prolongement des accords de Matignon-Oudinot pour le rachat de SMSP par la province Nord, apportent un éclairage particulier, tout comme la réponse faite par le président de Province.
Résultats de Nord Avenir. La nouvelle société anonyme d’économie mixte Nord Avenir qui a pris le relais de SOFINOR poursuit donc la mise en œuvre des recommandations faites par la haute autorité en matière de contrôle des finances publiques. Toutefois ses derniers résultats comptables et financiers vont au-delà de toutes les désespérances. Le report à nouveau de Nord Avenir est déficitaire avec une perte nette consolidée de 1.85 milliard en 2015, 2.1 milliards au niveau des seuls comptes sociaux. Nous pouvons y noter un écart significatif avec l’exercice antérieur qui affichait un bénéfice exceptionnel de 4 milliards, lequel résultait essentiellement du dividende provenant de sa filiale NORDIL (donc en provenance de SLN) pour 4.6 milliards. Les capitaux propres consolidés du groupe Nord Avenir s’élèvent à 6.4 milliards tandis que l’endettement financier est de 8.6 milliards dont 5.3 au niveau des établissements de crédit. Le résultat financier affiche à lui seul une perte de 1.6 milliard, principalement générée par les dotations sur son portefeuille financier pour un montant de 1.8 milliard. Adieu Mirage Voyage, Brebislait, Le Surf… Vu les résultats consolidés du groupe, la valeur de ses participations a été fortement dépréciée, passant de 3.5 à 1 milliard XPF.
Les participations dans le secteur minier. Le groupe comprend 491 salariés travaillant dans 49 sociétés issues de 6 pôles différents. Seuls les services à la mine et l’agroalimentaire dégagent des profits, respectivement 76 et 15 millions. A lui seul, le pôle tourisme représente une perte nette de 1.48 milliard. Les autres pôles aménagement et construction, pêche et aquaculture, agriculture et élevage, sont tous structurellement déficitaires. Nord Avenir devra donc rechercher des financements complémentaires afin de pérenniser ses ressources, notamment dans le cadre du financement des projets de rénovation des hôtels du pôle touristique. Ses activités minières hors SOFINOR (et de ses filiales SMSP et NORDIL) regroupées dans le pôle service à la mine sont concentrées dans SODEPAR, un sous-holding de la province Nord (qui détient directement 85% du capital social de Nord Avenir et la quasi intégralité au travers des quatre autres sociétés anonymes d’économie mixte locale). Le sous holding SODEPAR détient à son tour des participations dans SRP, SOREN, SERKA, SONAREP, XTRACO, SOMAINKO, SOWEMAR… Ces petites structures offrent des services de travaux miniers et de chalandage aux grands opérateurs que sont SLN, KNS et NMC. Quels sont véritablement les retours pour la diversification économique?
L’éventail des services à la mine. SOREN est une société anonyme employant une dizaine de personnes et ayant pour activité principale l’extraction minière sur le site SLN de Poya. SRP est également une société anonyme employant une dizaine de personnes dont l’activité se focalise sur les travaux d’environnement minier sur le site de Poya mais pour le compte de NMC. SERKA est une société du même type employant une quinzaine de personnes sur le site de Ouaco détenu et exploité depuis 2007 par NMC. SONAREP est une société anonyme dont l’activité est partagée entre le chalandage et l’extraction minière pour le compte de SLN sur l’un des sites de Poum. Certaines autres sociétés de services comme SOMAINKO et SOWEMAR sont des SAS spécialisées dans la maintenance industrielle et le chalandage travaillant pour et sur le site de KNS.
Deux poids, deux mesures dans la gestion des entreprises. Ce qui ressort de l’analyse des participations de SODEPAR est que les deux sociétés de tâcheronnage travaillant sur mine pour SLN sont structurellement bénéficiaires. SOREN détenue à 48% par les petits porteurs de Poya a réalisé un résultat net de 31 et 24 millions au cours des deux derniers exercices audités. SONAREP détenue à hauteur de 26% par le GDPL Boubopa et 39% par les petits porteurs de Poum, a réalisé un bénéfice net cumulé de 176 millions au cours des trois dernières années. Pourtant l’actionnaire public qu’est la province Nord (via SODEPAR, donc Nord Avenir) a empêché la société d’extraire et de vendre les minerais des carrières considérées comme stériles depuis le départ de SMSP. Il oublie de dire que les tensions autour de la représentation au conseil d’administration proviennent essentiellement du fait des directeurs de Nord Avenir qui souhaitent à tout prix prendre le contrôle de la société majoritairement détenue par l’actionnariat populaire kanak afin de distribuer sa trésorerie. En poursuivant l’analyse des comptes, l’on s’aperçoit que toutes les sociétés travaillant pour NMC sont déficitaires et sont aujourd’hui sous perfusion à coup d’avances en comptes courants d’associés. SRP a perdu 53 millions au cours de trois derniers exercices, SERKA 36 millions au cours de la même période. Autant dire que NMC entraine les sociétés sous-traitantes dans son propre sillage car les résultats de l’exercice à venir s’annoncent douloureux et certainement pas à la hauteur de ce qu’attend le partenaire coréen qui finance les investissements et assure la trésorerie. Chez KNS seule SOMAINKO, majoritairement détenue par SOCOMETRA et la SAS Vavouto, tire son épingle du jeu. C’est dire qu’entre l’idéologie proclamant l’émancipation des peuples et la réalité du terrain sur lequel les administrateurs ne mettent pas les pieds, il y a un fossé énorme qui ne serait être comblé que par l’apport de deniers publics.
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