Faillite des élites

dormessonPour des raisons d’ordre public il ne faut surtout pas affoler les foules, ni les marchés, d’où la teneur du relevé de conclusions du dernier comité des signataires. Toutefois personne n’est dupe. L’industrie calédonienne du nickel est en faillite et l’Etat qui est appelé au secours des grandes entreprises en difficultés a à nouveau recours à l’endettement public pour leur venir en aide. Il devrait maintenant être parfaitement clair pour l’ensemble des calédoniens que l’avenir de la Nouvelle-Calédonie ne pourra durablement reposer sur le nickel. Dès lors, il faut désormais que l’esprit de grande responsabilité qui anime nos élus locaux trouve une chute à la Churchill pour gouverner et continuer à faire mine de prévoir l’avenir, tout en expliquant à l’opinion publique pourquoi leurs prévisions n’ont pas pu se réaliser.
L’Etat a d’abord accordé à SLN un prêt de 200 millions d’euros (24 milliards XPF) auxquels viennent s’ajouter celui d’ERAMET dans lequel il est actionnaire. Au total ce sont 525 millions d’euros (63 milliards) qui ont été injectés dans l’entreprise pour qu’elle soit en mesure de passer le cap et élaborer un plan de compétitivité. De plus, l’Etat apporte (à ENERCAL) une garantie bancaire à hauteur de 320 millions d’euros (38 milliards) pour la construction de la nouvelle centrale. Cela suffira-t-il ? Rien n’est moins sûr, mais comme pour les dettes financières actuelles, les responsables politiques ne seront bien évidemment pas soumis au droit d’inventaire. 
Vale a naturellement fait part à l’Etat providence de ses difficultés avec VNC qui (comme SLN avec STCPI) ne peut absolument pas compter sur l’actionnaire local endetté auprès du BRGM, du consortium bancaire et de Vale, lequel se substitue à SPMSC pour rembourser ses emprunts. Un prêt de 200 millions d’euros (24 milliards) sera vraisemblablement consenti à l’actionnaire principal de VNC ainsi qu’une garantie à hauteur de 220 millions (27 milliards) pour le projet de transformation de résidus.
Glencore a fait de même puisque le projet de l’usine du Nord devrait également obtenir une « défiscalisation aménagée » pour la reconstruction du second four. A l’origine, la défiscalisation concernait uniquement la centrale électrique, d’où la distinction entre la dette senior finançant la centrale et la dette junior pour le reste du projet. De l’ordre de $413 millions la première est limitée et fit apparaître une défiscalisation de $223 millions directement accordée à KNS. La dette junior est illimitée (au sens propre comme au figuré) et est affectée au reste du financement du projet industriel qui devrait dépasser les $8.5 milliards. Face aux difficultés rencontrées par l’actionnaire dit minoritaire qui finance la quasi intégralité et aux répercussions sociales, politiques et économiques d’une fermeture, l’Etat n’a pas d’autres choix que de participer par le biais d’une défiscalisation aménagée au gouffre financier qu’est devenu le symbole du rééquilibrage.
Aujourd’hui, les grands stratèges et hommes politiques calédoniens qui se faisaient une gloire de leurs participations locales respectives au capital des co-entreprises du Nord et du Sud sont moins loquaces sur les questions touchant à la structure de l’actionnariat des sociétés métallurgiques. Le fait de mendier l’aide de l’Etat ne les empêche pas pour autant de tenter de se justifier par missive interposée ou de se féliciter au travers de l’esprit de responsabilité qu’ils revendiquent. Le plus navrant est de voir qu’en dépit de leurs bilans désastreux, ces mêmes élus souverainistes sont à nouveau conviés par ceux de l’Etat providence à réfléchir sur une stratégie nickel censée éclairer une gouvernance faite d’ombres et d’obscurité. Inutile d’espérer les voir concilier l’éthique de conviction avec celle de la responsabilité.
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