Sauvetage et sabotage

smsp_signaturePaul Néaoutyine a adressé à SLN un courrier daté du 29 septembre 2016 pour signifier à l’équipe de direction de l’entreprise une procédure de restriction de son autorisation personnelle minière (art R 121-11 du code minier). Le motif invoqué par l’autorité compétente est la dégradation de sa situation financière, ce qui selon elle ne permettrait plus à l’entreprise d’avoir les moyens de mener à bien les travaux de prospection sur les périmètres équivalents autorisés. Nul ne doute que les représentants de l’Etat, actionnaire de la maison mère ERAMET, ne manqueront pas de prendre note de cette décision, eux qui avaient essuyé un refus catégorique lors du sauvetage in extremis de SLN. Non seulement l’assemblée de la province Nord n’a pas voulu que l’actionnaire local joue pleinement son rôle pour venir en aide de manière purement symbolique à l’entreprise de qui sa société d’économie mixte perçoit des dividendes confortables (50% de STCPI), mais l’exécutif provincial profite aujourd’hui des mauvais résultats de SLN pour restreindre son domaine d’activité et tenter de compromettre ses chances de survie. La doctrine nickel serait-elle un état d’esprit au service d’un projet de partition du territoire plutôt qu’une stratégie d’entreprise fondée sur la valorisation de la ressource minière au profit de la population calédonienne? Explications…
Deux poids, deux mesures. Le motif invoqué par Paul Néaoutyine laisse perplexe lorsque l’on sait tout d’abord que ce sont les dividendes distribués par SLN (à NORDIL via STCPI), et non les revenus opérationnels ou financiers de ses filiales (KNS, NMC, SNNC, CTM, Société de Ouaco), qui ont permis à SMSP et la doctrine du comité de soutien, de conserver un tant soit peu de crédibilité vis-à-vis de la population du Nord. Jamais la doctrine nickel et la mégalomanie sous-jacente qui l’anime n’auraient pu survivre sans les revenus distribués par SLN et c’est en cela que l’on peut reprocher à ERAMET, et donc à l’Etat actionnaire, d’avoir fait remonter d’importants dividendes au lieu de réinvestir directement cette capacité d’autofinancement dans l’outil de production. Mais au-delà des difficultés aujourd’hui rencontrées par SLN, la volonté de l’exécutif provincial de restreindre son autorisation personnelle minière et le motif invoqué pour déstabiliser l’entreprise sont d’autant plus difficiles à admettre que la situation financière de KNS et de NMC est encore plus désastreuse. Comment en effet, la province Nord peut-elle juger inacceptables les références techniques et financières fournies par le pétitionnaire à l’appui de la demande ou du renouvellement de son autorisation personnelle minière pour la conduite de travaux de recherche? KNS est présentement dans l’impossibilité de prospecter et valoriser l’ensemble des ressources du massif de Koniambo. L’assemblée de la province Nord y voit-elle à redire? Naturellement non. Depuis des années maintenant, NMC tente désespérément de surmonter sans succès ses propres problèmes de trésorerie. Pour éviter les conséquences fâcheuses d’une procédure d’alerte menant à une recapitalisation dont les termes et les conditions seraient inacceptables, la co-entreprise a dû massivement emprunter auprès de POSCO. Vu sa situation financière, NMC est dans l’impossibilité de rembourser ses avances en trésorerie. Elle devait le faire en avril dernier pour les 15 millions de dollars prêtés par POSCO. Elle a non seulement été dans l’incapacité de tenir ses engagements vis-à-vis de son actionnaire, mais a été contrainte de lui demander un prêt relais supplémentaire de 35 millions de dollars. Jusqu’où l’endettement de NMC auprès de POSCO et de SNNC est-il crédible? Comptablement et compte tenu du montant de ses créances, le partenaire coréen est aujourd’hui devenu implicitement majoritaire au sein des deux sociétés que les soutiens de la doctrine osent encore appeler des entités pays. Si NMC n’a pas pu approvisionner seule l’usine SNNC, ce n’est pas parce qu’elle ne dispose pas de ressources minières, mais bien parce que la gestion financière et opérationnelle d’André Dang ne lui a pas permis de mener à bien les campagnes d’exploration, les travaux de pré-production et le renouvellement des investissements miniers. Sachant cela, comment l’exécutif de la province Nord peut-il ne pas remettre en question les références techniques et financières du pétitionnaire NMC?
La direction SMSP au bout du rouleau. Invoquer la situation financière de SLN pour restreindre son autorisation personnelle minière tout en passant sous silence les difficultés insurmontables des filiales de SMSP, relève d’une stratégie politique cherchant à masquer les déséquilibres structurels des partenariats. Il ne faut en effet pas s’étonner de constater que fin 2015, l’actif immobilisé de SMSP soit passé de 61.8 à 49.1 milliards de francs avec des titres de participation en diminution de 10 milliards. Cette perte d’actif immobilisé trouve sa source dans la dépréciation de KNS imposée unilatéralement par Glencore, l’actionnaire dit minoritaire qui finance les investissements, détient le procédé industriel, gère la production, commercialise le ferronickel et prend la décision de licencier. Evidement, vu les problèmes techniques, les retards, les piètres performances des unités de production et l’absence de retours financiers, la trésorerie de 663 millions en début d’année n’a pas pu permettre à SMSP de procéder au paiement de ses échéances bancaires car ce niveau de trésorerie lui permet tout juste de payer les salaires, les charges sociales et les services extérieurs de ce qui reste de la direction. D’où l’apport de 1.2 milliard de francs en compte courant de la province Nord car SMSP n’a plus les moyens de rembourser ses dettes, ni même de payer les frais financiers. Bien que passée sous silence par la direction et ses administrateurs, la société a tout de même dégagé une perte nette de 25.8 milliards en 2014 et 14.4 milliards en 2015. Ses capitaux propres en début d’année n’étaient plus que de 17 milliards et ces derniers devraient logiquement disparaître en fin d’année avec une perte au moins égale à celle de l’année passée. En revanche, les dettes s’élèvent à 25 milliards de francs, dont un passif exigible de 22 milliards auprès des établissements de crédit qui ont malencontreusement accepté de participer au financement de l’usine du Nord pour le compte de l’actionnaire local aujourd’hui insolvable. Est-ce que les nouvelles contraintes imposées à SLN par la province Nord permettront de procéder au sauvetage de SMSP? Très sincèrement, on peut en douter. S’agit-il d’un énième sabotage? On peut hélas le redouter.
Pour voir les comptes 2015 de SMSP:
https://www.dropbox.com/s/4wbukvgwxrayq7v/SMSP%20comptes%202015.pdf?dl=0
Pour voir les comptes 2014 de NMC:
https://www.dropbox.com/s/adl4n8eaj1e9ozi/Bilan%20NMC%202014.pdf?dl=0
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