Les bons comptes

Les-noces-de-nickel[1]La question du nickel devrait être abordée lors du prochain comité des signataires. La situation de SLN sera naturellement évoquée en priorité car les résultats attendus sont catastrophiques. En 2015, la société avait déjà dégagé une perte de 35.8 milliards de francs, ce qui portait son report à nouveau déficitaire à 63.3 milliards de francs, avec un endettement faible auprès des établissements de crédit de 752 millions mais une disponibilité extrêmement limitée de 75 millions. Aussi, pour sauver l’entreprise de la faillite, l’Etat n’a pas eu d’autre choix que d’intervenir directement pour faire débloquer des fonds afin que l’entreprise puisse maintenir son activité et mette en place un plan de sauvetage. Seulement vu la conjoncture et les perspectives, les résultats de l’exercice en cours devraient porter le report à nouveau déficitaire de l’entreprise à quelques 100 milliards de francs et il n’est donc pas du tout certain que les prêts qui lui ont été accordés suffisent. 
Lors du prochain comité des signataires, la situation de SLN ne sera hélas pas la seule ombre au tableau du fameux dossier nickel. Avec un cours moyen de l’or vert au dessous de 4.5$ la livre et un stock au LME actuellement de 360k, l’ensemble des usines « calédoniennes » devrait dégager en fin d’année des pertes bien plus importantes que celles enregistrées l’année dernière. Au-delà des aspects comptables et financiers, dans la sphère symbolique, donc politique, l’annonce des licenciements économiques de KNS a mis un terme aux illusions véhiculées par la doctrine nickel car en dépit des 51% et de la prise de contrôle qu’ils sont censés procurer, l’actionnaire local n’est ni en mesure d’éviter le pire, ni capable d’influer sur la stratégie de l’entreprise. D’ailleurs, le comptes de SMSP clos au 31 décembre 2015 montrent la fragilité de l’actionnaire local puisqu’il faut en effet s’attendre en fin d’année à un report à nouveau déficitaire dépassant les 50 milliards de francs, des fonds propres à reconstituer, un endettement conséquent auprès des établissements de crédit de 22 milliards, une capacité d’autifinancement largement déficitaire, un manque de trésorerie, sans compter les dettes fiscales et celles de ses filiales KNS et NMC auprès des partenaires financiers, industriels et commerciaux que sont Glencore et POSCO. Pour le moment encore, la province Nord fait des avances en compte courant et les multinationales étrangères financent les pertes d’exploitation et les besoins conséquents en fonds de roulement, mais rien n’indique que ces dernières continueront à soutenir indéfiniment des unités de production qui ne sont – et ne seront – pas rentables face à la montée en puissance des nouvelles unités sino-indonésiennes dans un marché qui reste déprimé. Afin de garantir le remboursement des emprunts souscrits par SMSP, les établissements de crédit à qui il est instamment demandé de restructurer leurs prêts, devraient sécuriser de nouvelles sûretés financières sur des biens immobiliers (et non plus sur des actions) car ni KNS, ni SNNC, ne verseront de dividendes. Assurément, les bons comptes ne font plus les bons amis.
Pour voir les comptes 2015 de SMSP et SLN:
https://www.dropbox.com/s/4wbukvgwxrayq7v/SMSP%20comptes%202015.pdf?dl=0
https://www.dropbox.com/s/6s20i2xzwgqk7vv/Rapport%20d%27activit%EF%BF%BD%20SLN%202015.pdf?dl=0

 

Publicités
Cet article a été publié dans Divers, Doctrine Nickel, Gouvernance, Impact et retombées locales, Politique industrielle. Ajoutez ce permalien à vos favoris.