Situation alarmante

th096p1tneEt si l’on sortait une fois pour toute des sentiers battus, du récit autobiographique à compte d’auteur, du film honorifique retraçant l’Histoire, de la mégalomanie entrepreneuriale et des présentations surfaites reprenant quelques chiffres apparemment audités! En 2014, SMSP a perdu 25.8 milliards de francs, 14.4 milliards en 2015, ce qui porte son report à nouveau déficitaire à 37.5 milliards de francs. En début d’année, son endettement net auprès des établissements de crédit était de 23.3 milliards francs avec seulement 663 millions de disponibilités. Aussi la société s’est retrouvée dans l’incapacité d’honorer ses échéances annuelles qui s’élèvent à près de 1.8 milliard. Elle a donc fait appel à la province Nord qui lui a accordé en urgence 1.2 milliard d’avance en compte courant. Le règlement dû en janvier fut donc payé en mars, mais d’autres échéances arrivent…
Restructuration des prêts. Les négociations concernant le report des échéances n’ont pas encore abouties car face à la situation difficile que connaissent les filiales de SMSP et leur usines qui devaient être « les plus compétitives au monde », les établissements bancaires posent désormais leurs conditions du fait que ni KNS, ni SNNC ne verseront de dividendes au cours des prochaines années. Si l’assemblée de la province Nord décide des modalités de son soutien à SMSP, en revanche les banques restent les créanciers privilégiés rappelant à la collectivité du Nord qu’elle a apporté sa garantie à hauteur de 50% de chaque échéance annuelle au titre du capital restant dû. Pour pouvoir restructurer les prêts les banques ont tout simplement besoin de sûretés supplémentaires, non pas en actions nanties mais en immeubles hypothéqués. En effet, KNS qui a pour le moment couté 8.3 milliards $ n’a produit que 9 892 tonnes de nickel métal en 2015. Cette année encore elle devrait produire tout au plus le quart de sa capacité nominale, ce qui dégagera à nouveau des pertes colossales que l’opérateur et l’actionnaire local se cacheront bien de communiquer au public.
Besoins urgent de trésorerie. Si le sort de l’usine du Nord réside plus que jamais dans les mains de Glencore, celui de l’usine offshore dépend uniquement de POSCO. Le plan d’expansion a nécessité quelques 450 millions $ dont 168 millions $ intégralement financés par emprunt bancaire auprès d’une banque coréenne, lequel est garanti par SNNC moyennant paiement d’une commission annuelle. Ni SMSP, ni NMC ne peuvent participer, ni financer les besoins de trésorerie de cette dernière qui cumule des pertes également importantes. Les besoins en trésorerie de NMC sont donc assurés par SNNC, qui ne peut dès lors verser de dividendes à ses actionnaires. Fin 2015 et début 2016, NMC a à nouveau fait l’objet d’une première puis d’une seconde phase de procédure d’alerte. Le remboursement des 15 millions $ déjà empruntés à POSCO Invest a dû être reporté et pour répondre à l’urgence un crédit-relais de 35 millions $ supplémentaires a dû être accordé. Ceci n’a pourtant pas empêché le déclenchement de la troisième phase de la procédure d’alerte qui à terme devrait déboucher sur une augmentation de capital. Or SMSP n’a pas les moyens de procéder à la montée au capital. Elle doit s’acquitter du redressement fiscal après dégrèvement pour un total de 2 milliards, tandis que la Société de Ouaco qui doit elle aussi faire face à ses obligations fiscales est soumise à des difficultés de trésorerie liées au décalage entre la comptabilisation des intérêts du prêt junior souscrit par KNS et leur perception effective. SLN ne distribuera pas de dividendes qui jusque-là servaient à renflouer discrètement les caisses de SMSP via SOFINOR. Face à cette situation alarmante, les soutiens politiques de Calédonie Ensemble et de l’Union Calédonienne pour la doctrine nickel se font moins audibles…
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