Aides à l’export

thznqnah13A l’heure où les multinationales étrangères qui ont massivement investi en Nouvelle-Calédonie s’apprêtent à prendre la décision de continuer ou pas à financer des projets industriels non rentables, le gouvernement ose l’export. Il s’agit bien évidement d’une opération de communication pour préparer et amplifier la teneur d’un prochain voyage d’affaires en Australie. Mais au-delà de ce que nos voisins appellent si justement l’habillage ou le window dressing, qu’en est-il vraiment de la capacité de la Nouvelle-Calédonie à exporter lorsqu’elle est aujourd’hui incapable de continuer à attirer, voire de maintenir, les capitaux étrangers faute de rentabilité ? Quel est le but de la manœuvre?
Le think-tank. En 2005 un groupe de travail avait été constitué afin de contribuer au développement des entreprises de transformation pour lesquelles le marché intérieur est limité. Le pilote de ce projet était la Chambre de Commerce et d’Industrie et je fus la personne en charge de rédiger ce rapport – tout comme de nombreux autres rapports sur d’autres sujets économiques et fiscaux pour le compte de la CCI. Recenser les attentes des professionnels, fixer le cadre méthodologique et formuler des préconisations, tel était l’objet de ce rapport. Sa finalité était de présenter au gouvernement et aux provinces un document de synthèse sur l’étroitesse du marché intérieur calédonien, le surinvestissement qui engendre une perte de compétitivité et les structures de coûts importants. Les éléments analytiques prenaient donc en compte les agrégats du commerce extérieur, l’identification des freins à l’export, la comparaison, le cadre et l’inventaire des aides sur le territoire et dans la région, l’élaboration des axes de recherche permettant de formuler des préconisations concrètes. Au-delà des contraintes géoéconomiques il paraissait important de mesurer les atouts supposés du territoire : un niveau d’infrastructure élevé, un appareil productif relativement diversifié, un tissu économique polarisé sur les services, un effet multiplicateur des transferts métropolitains, une véritable culture d’entreprise dérivée du nickel…
Des milieux autorisés. Mais au-delà de l’exercice de communication aujourd’hui mis en œuvre par le gouvernement, sa cellule des relations extérieures et la CGPME qui prétend « initier » le prochain Business Pacific Forum, de quoi s’agit-il vraiment ? Dans les milieux autorisés – qui s’autorisent et protégent leur petit pré carré – on parle volontiers de protection de la production locale que l’on défend par la mise en place de taxes conjoncturelles (TCPPL) qui surenchérissent le coût de la vie, de partenariat public-privé lorsque le volume d’affaires des chefs d’entreprises dépend essentiellement des marchés publics régis par l’archaïque délibération CP 136 et l’absence manifeste du contrôle de la légalité. Dans les milieux qui s’autorisent on parle de soutien logistique aux entreprises, d’exonération de taxes, d’abattement d’impôt sur les sociétés, de création d’un secrétariat à la promotion, d’extension de l’abattement de 75% sur les cotisations CAFAT, d’extension de la double défiscalisation, d’augmentation de l’abattement sur les tarifs applicables à la vente d’énergie électrique, du réaménagement du mode de facturation de l’entreprise, ainsi que du mode de réservation de la puissance souscrite. Vous l’avez compris! L’exercice consiste à faire « rayonner » la Nouvelle-Calédonie en parlant d’échanges commerciaux au plan régional, tout en continuant à faire vivre le protectionnisme ambiant. L’objectif n’est pas pour les quelques chefs d’entreprise concernés d’innover et de gagner en compétitivité pour pouvoir réellement exporter, mais d’obtenir des aides des institutions gouvernementales et provinciales pour être censé le faire. On retrouve ici toute la dynamique public-privée qui plombe l’économie (assistée), mais fait les choux gras d’hommes d’affaires initiés et avertis.
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