Artifices et mystifications

thWB849WB6Faisant suite aux deux derniers articles consacrés à la filière offshore, la société NMC a immédiatement réagi dans une interview parue dans le quotidien. Elle n’a pas réfuté les faits présentés, mais opéré une intéressante fuite en avant, en annonçant un objectif de rentabilité qui rendrait la société enfin profitable. « L’objectif est d’être rentable à 10 000 dollars US la tonne. Et l’être de manière permanente » affirme, confiant, son président. « Notre point d’équilibre NMC est à 12 500 dollars la tonne de nickel. Notre objectif est de rejoindre SNNC à 10 000 dollars la tonne » déclare-t-il au journaliste attitré qui reproduit l’information in extenso sans croiser ni vérifier ses sources. Il s’agit bien évidemment d’artifices et de mystifications qu’il nous est facile de déconstruire car tout est dans le texte – et dans les archives…
Ces fantômes qui hantent les couloirs. Le 16 décembre 2013, SMSP présentait les résultats de sa filière offshore devant une audience de spécialistes réunis dans l’hémicycle du congrès de la Nouvelle-Calédonie alors présidé par Rock Wamytan. Il ne s’agissait pas d’élus mais des opérateurs métallurgiques et miniers du territoire, lesquels avaient tous répondu présents et se rappellent bien de cette interminable intervention. Selon la présentation qui fut faite, il ressort que le point d’équilibre de la filière offshore (mine et usine) était de 15 500$ la tonne, avec un seuil usine de 13 500$ et un seuil mine de 17 000$ à un coût de production de 6 300$ la tonne. On peut alors se demander comment ces derniers auraient-il pu être soudainement réduits à 10 000$ et 12 500$ alors que le secteur est en crise depuis mi 2014 et que les deux co-entreprises ont généré en 2015 des pertes historiques s’élevant à 8.8 milliards de francs? Bien que l’exercice puisse paraître fastidieux, il suffit de prendre les derniers résultats de NMC et de les analyser en fonction des cours moyens du nickel de ces mêmes années. Ainsi nous sommes en mesure d’établir une corrélation historique entre ces deux paramètres, ce qui nous permet de juger de la pertinence des annonces. La démonstration est imparable… Entre 2012 et 2015, NMC a généré une perte globale de 12.5 milliards de francs. En 2012, elle fut de 2.9 milliards à 7.95$/lb (17 434$/t), donc à un cours largement plus élevé que le point d’équilibre récemment annoncé. En 2013, la perte fut de 3.7 milliards à 6.84$/lb (14 934/t). En 2014, elle s’éleva à 2.2 milliards à 7.65$/lb (16 776$/t). Enfin, en 2015 elle fut à nouveau de 3.7 milliards à 5.37$/lb (11 777$/t). En comparant ces chiffres nous voyons bien que le seuil de rentabilité de NMC ne peut absolument pas être de 12 500$/t car si tel était le cas, en 2012, 2013 et 2014 la société aurait dû dégager des profits substantiels puisque les cours du nickel étaient tous très largement au-dessus du seuil annoncé. En 2015, le cours moyen du nickel de 11 777$/t était légèrement sous le prétendu prix d’équilibre de 12 500$/t, alors que la société a tout de même dégagé une perte de 3.7 milliards de francs – et l’usine de 5.1 milliards. Ces chiffres montrent clairement que les responsables sont dans le déni total et le mensonge absolu.
Leurs promesses n’engagent que ceux et celles qui les croient – et encore. Pour le président de NMC, qui fut auparavant vice-président des opérations (mine et usine) pendant la phase de construction de l’illustre usine du Nord, l’objectif parait facile à atteindre : « augmenter la production pour diminuer le coût unitaire ». Or c’est bien le fait d’avoir augmenté la production de manipulés primaires sans avoir investi dans les moyens permettant l’augmentation ou même le maintien de la teneur en nickel du minerai extrait qui a mené NMC dans le mur. Augmenter la production engendre en effet des charges variables et fixes supplémentaires (en personnel, engins miniers, triage, concassage, roulage, échantillonnage, analyse…) alors qu’en parallèle, les recettes diminuent du fait que les teneurs contenues dans le minerai vendu ne sont pas au rendez-vous. Autrement dit, la synergie se situe non pas dans l’augmentation de production proprement dite mais dans le travail de pré-production qui permet de mieux cibler les zones et d’améliorer le ratio minier. Autres anachronismes de taille, la mise en œuvre du sempiternel programme d’investissements évalué à 17 milliards, qui avec les avances en trésorerie passées et futures, devront un jour être remboursés aux banques coréennes puisque SNNC garantit le prêt. Les installations de criblage et de concassage devaient être opérationnelles entre le dernier semestre 2014 et le premier semestre 2015. Juillet 2016, les installations sont toujours en cours. Le ratio minier devait diminuer de moitié, ce qui est loin d’être le cas. Le nombre d’heures d’opération sur mine devait passer de 2 200 à 3 800 par an alors que le porte-parole de la société annonce que l’effectif n’augmentera pas outre mesure. Enfin, un nouveau centre minier devait permettre « une production rationnelle et équilibrée ». On connaît le résultat. Boakaine n’est pas prêt d’ouvrir tandis que la direction de NMC est toujours en total décalage avec la réalité.
Publicités
Cet article a été publié dans Doctrine Nickel, Gouvernance. Ajoutez ce permalien à vos favoris.