Confessions

 thAPZR8980La transformation locale et l’exportation de minerai sont deux activités complémentaires. Mais pour pouvoir optimiser la performance de cette dernière, il est apparu utile de comparer ce que rapporte aux sociétés calédoniennes – donc à la Nouvelle-Calédonie – le minerai vendu selon qu’il soit exporté au Japon ou en Corée. Dans ce comparatif purement théorique, il n’y a rien de bien catégorique puisque ces deux voies de valorisation de la ressource sont commercialement complémentaires et quasiment identiques en termes de retombées économiques pour le pays. Pourtant, bien que leur coexistence contribue à faire jouer le jeu de la concurrence, les deux modèles économiques continuent de s’opposer sur l’échiquier politique: d’un côté le profit sharing, c’est-à-dire le partage de marge du fondeur avec le mineur, et de l’autre, le Graal de la doctrine nickel sous la forme d’une rente métallurgique provenant d’une usine offshore « calédonienne »…
Le diable se cache dans les détails. Quels que soient les limites administratives pour l’exportation du minerai et les termes des accords commerciaux pour la détermination du prix de vente, le calcul est assez simple et le résultat dépend principalement de la teneur et du cours du nickel. S’agissant des exportations vers le Japon et pour faire suite aux dernières négociations menées avec les fondeurs nippons, la teneur commerciale de base dans le calcul du prix est de 1.8%. Elle était de 2.27% pour l’alimentation de la première ligne de l’usine en Corée, avant que la limite administrative soit ramenée à 2.07% (depuis que l’autorisation d’exportation annuelle ait été portée de 1.8 à 3.8 millions de tonnes) et que les coréens soient contraints de s’aligner sur les conditions commerciales du gogokaï. La livraison de teneurs inférieures à la valeur pivot génère des pénalités et inversement des majorations pour les teneurs supérieures, soit un ajustement de 15 cents par kilo et par décile. La part du mineur pour une teneur commerciale de base est de 25% du prix du nickel au LME avec une variante permettant d’entrevoir une participation aux bénéfices métallurgiques. Le mineur peut donc percevoir en plus des 25% du LME pour une teneur à 1.8% une prime correspondant au profit du fondeur laquelle est fonction du cours du nickel. La part du mineur est donc de 26% à $7.01 la livre, 29.5% à $8.75, 31% à $9.01, 33% à $10.01 etc. Pour sa part, NMC perçoit 25% du prix du LME moins un discount de 2% – contre 5% à l’origine. Une partie du minerai fourni est achetée aux autres mineurs, puis revendue par NMC à SNNC, mais étant donné le déséquilibre structurel du partenariat, NMC n’est pas en mesure de générer des profits, d’autant que contrairement aux autres mineurs, la co-entreprise n’est pas libre de commercialiser son minerai garniéritique pour optimiser ses gisements et faire jouer le jeu de la concurrence. Sa survie ne dépend pas des retours de dividendes que SMSP destine au remboursement des emprunts maladroitement contractés pour le financement optionnel de l’usine du Nord. Elle dépend uniquement des larges avances en trésorerie consenties par POSCO Invest.
Retour au royaume du non-dit. Compte tenu de la faiblesse des cours du nickel, il n’y a bien évidemment pas de partage de marge et de prime métallurgique pour les mineurs. En revanche, quels que soient la conjoncture et le niveau des participations au capital des co-entreprises, il n’y a jamais eu non plus de rente métallurgique pour SMSP puisque les retours de dividendes de l’usine couvrent tout juste les pertes de la mine. Ce détail n’a sans doute pas échappé au conseiller du Premier ministre, Michel Collin, lequel analyse l’usine offshore comme une opération d’exportation de minerai au profit d’une usine métallurgique à l’étranger, suivie d’une opération de réinvestissement des revenus de l’exportation dans le capital de l’usine offshore… Pourtant, selon la doctrine nickel, le pays dispose bien de 51% des bénéfices de l’usine puisqu’elle est détenue à 51% par SMSP. Or les fondements du partenariat reposent en réalité sur un déséquilibre structurel au profit de POSCO. L’actionnaire calédonien ne dispose pas de 51% des droits de vote et comme celui de Venise, le marchand de Nouméa n’est donc pas maître des décisions prises au sein des co-entreprises. Il ne dispose pas non plus de la surface financière qui lui permettrait d’influer sur les décisions prises au sein des conseils de direction. Les éclats et gesticulations calédoniennes n’ont d’ailleurs jamais impressionné les décideurs coréens et l’idée même selon laquelle SMSP puisse percevoir 51% des bénéfices générés en Corée est bien sûr pour eux une ineptie totale. C’est ce que l’on appelle « a convenient fiction » dans la langue de Shakespeare. Cela permet de faire avaler des couleuvres mais n’empêchera nullement que le contrat, qui est la loi des parties, puisse être appliqué – de sorte qu’une livre de chair soit prélevée sans qu’une goutte de sang ne coule… Les 51% ne reviennent donc pas en Nouvelle-Calédonie tout simplement parce que c’est POSCO qui décide de l’affection de ces ressources financières. Si NMC dégage des pertes importantes, ce n’est pas parce que la société n’a pas suffisamment de ressource minière – au contraire, sinon POSCO n’aurait bien évidemment pas scellé un tel partenariat, ni construit, ni étendu une telle usine avec un port de déchargement dédié. Quant aux quelques 9 milliards de francs de bénéfices distribués par SNNC à SMSP, quand bien même ces deniers auraient été affectés à NMC, ils auraient tout juste permis de couvrir ses pertes d’un montant équivalent, sans pour autant financer les investissements productifs nécessaires. Il n’y a donc aucun partage équitable des profits sur la base des 51%, ni même perception d’une rente métallurgique, mais une compensation quasiment mathématique des pertes exorbitantes de la mine par une quote-part des dividendes de l’usine.
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Cet article a été publié dans Doctrine Nickel, Gestion de la ressource, Gouvernance, Impact et retombées locales, Politique industrielle. Ajoutez ce permalien à vos favoris.