A mots couverts

L1020866Difficile de parler de partage de bénéfices en ces temps particulièrement austères où les pertes d’exploitation des opérateurs, ainsi que les difficultés de trésorerie qu’elles engendrent, sont le lot commun d’une industrie locale aux abois. La tendance serait plutôt au « loss sharing » avec tout de même quelques disparités notables selon les parties prenantes : une subrogation de l’Etat pour aider l’actionnaire ERAMET à soutenir seul SLN, la participation de la province Nord pour tenter de sauver SMSP de la faillite, les avances de trésorerie pour sauvegarder NMC ainsi que le financement quasi intégral des gouffres financiers que sont KNS et VNC par les multinationales étrangères. Pourtant, malgré ces résultats désastreux, André Dang n’en démord pas. La filière offshore aurait selon lui fait ses preuves et bénéficierait même aux petits mineurs contraints d’alimenter l’usine coréenne. Pourtant, si le modèle est aussi bon qu’il n’est dit, l’on peut peut-être se demander pour quelles raisons ce dernier a mis le pays sans dessus dessous pour pouvoir essayer de tenir les engagements contractuels qu’il ne peut ni assurer, ni assumer?
Une réalité occultée. Lorsque le partenariat entre SMSP et POSCO fut négocié en 2006, les accords commerciaux prévoyaient que la co-entreprise NMC fournisse à SNNC 1.8 million de tonnes de minerai par an pendant une durée de trente ans. La teneur commerciale de référence était de 2.27% et servait de valeur pivot pour le calcul du prix de vente. Des pénalités étaient prévues pour les teneurs en nickel inférieures tandis qu’un discount de 5% était appliqué sur la part du mineur, ce qui portait le prix de base à 23.5% du prix du LME. En réalité, NMC n’a jamais été capable de fournir la teneur contractuellement exigée puisque qu’au fil des années cette dernière est passée de 2.21% à 2.05%. La société a été lourdement pénalisée tandis que l’usine n’a jamais été capable d’atteindre la capacité nominale annuelle de 30 000 tonnes de nickel métal contenu dans des ferronickels. La production de NMC a péniblement dépassé la barre des 1.5 million de tonnes en 2013 à des teneurs en nickel de plus en plus basses, et l’usine a donc dû être plafonnée aux deux tiers de sa capacité. En clair, les conditions de vente du minerai négociées par André Dang, ainsi que le manque de financement des investissements productifs, sont les deux principales raisons expliquant pourquoi NMC génère depuis le début de son activité des pertes colossales, avec un report à nouveau négatif atteignant aujourd’hui les 13 milliards de francs. Cette situation contraste bien sûr avec celle des autres sociétés minières du territoire, lesquelles sont entièrement détenues pas des intérêts calédoniens, financent leurs investissements et réalisent des bénéfices. A cause du déséquilibre structurel du partenariat que le président de la province Nord qualifie de « gagnant-gagnant », mais également des financements qui ont malencontreusement été affectés pour des questions de prestige à l’usine du Nord, la co-entreprise NMC n’a jamais été capable de mener à bien la prospection d’un domaine représentant tout de même 13% de la surface minière concédée du territoire. En dépit de l’existence d’une ressource minière avérée mais non optimisée, la société a été incapable de faire face à ses engagements, tant au niveau des teneurs que des volumes. A cause du manque de moyens consacrés à la prospection et à la pré-production, les volumes de manipulés primaires vecteurs de charges d’exploitation ont littéralement explosé, tandis que la teneur en nickel qui était prélevée diminuait d’année en année. Faute de moyens techniques, l’analyse des données pour la préparation des fronts, étape pourtant indispensable pour la fiabilité du bloc modèle, ne pouvait pas être réalisée. Ainsi, plus d’un millier d’échantillons se sont entassés dans les laboratoires d’analyse, la plupart des infrastructures minières sont devenues vétustes, la maintenance des équipements et du parc engin minimaliste faute d’ateliers opérationnels, les travaux environnementaux délaissés au profit de la production de manipulés primaires toujours plus importante et coûteuse, les pratiques minières totalement dépassées et les conditions de travail pour le moins archaïques.
Des apparatchiks irresponsables. Les cadres de l’entreprise présents au sein du comité technique ont dénoncé cette dérive et la plupart d’entre eux ont préféré quitter l’entreprise plutôt que de continuer à célébrer les louanges d’hommes autoritaires obnubilés par le pouvoir et le prestige. Sans doute pourrait-on se retourner vers les institutions provinciales et gouvernementale en se demandant pourquoi les autorités politiques en charge du pays ont elles favorisé un tel modèle aux dépens d’autres, et ce au point de mettre en danger la profession minière? Pourquoi les responsables politiques en charge des institutions ont-ils refusé de mesurer toute la pertinence économique des exportations de minerai vers le Japon puisque ce sont justement les négociations entreprises auprès des fondeurs nippons par les petits mineurs réunis au sein du SEM qui ont permis à NMC de renégocier les accords commerciaux lors de la mise en service de la seconde ligne? Pourquoi et au nom de quel principe démocratique, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a-t-il pu bloquer la profession sur tant de points, alors qu’il eut recours à une procédure accélérée (consultation à domicile) pour valider en catimini la demande d’exportation la plus importante jamais déposée, laquelle portait sur 3.8 millions de tonnes par an pendant 22 ans? Pour quelles raisons inavouables les autorités politiques cautionnent-elles la défaillance dans l’instruction des dossiers d’autorisation? Pourquoi ces responsables, qui ont un avis sur tout, surtout sur les questions touchant au nickel au travers de leur participation au groupe de réflexion censé élaborer une stratégie industrielle, ne se rendent-ils jamais sur les sites miniers, notamment de la côte Est lors d’un chargement un jour de pluie, afin de voir de visu la triste réalité qu’une telle « stratégie pays » réserve à la Nouvelle-Calédonie ? Pourquoi, ni les organisations environnementales autoproclamées, ni les syndicats dûment représentés, ni les journalistes dits spécialisés, ne dénoncent-ils pas ces méthodes venant d’un autre temps ? Et bien tout simplement parce que le partenariat « gagnant-gagnant » cher à Paul Néaoutyine n’existe pas, que la promesse donnée par Mystère Dang est un mythe et que les alliances politiques du moment ne permettent pas de le dire. Pourtant, si l’opacité est une facette du mensonge et la mythomanie une maladie de l’estime de soi, ces dérives du pouvoir n’ont pas leur place dans l’élaboration d’une politique industrielle saine et maîtrisée.
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