Au bon beurre

7984_413249[1]L’actualité calédonienne a une nouvelle fois mis sur la place publique les divergences qui persistent entre les responsables politiques sur la question du nickel. Comme les autres usines locales ou offshores, SLN traverse une crise extrêmement grave, mais à l’inverse des multinationales étrangères qui assurent pour l’instant l’intendance de leurs filiales calédoniennes, l’actionnariat local de l’entreprise n’est visiblement pas prêt à abréger ses souffrances. Reconnaissons qu’être un haut fonctionnaire de la République, qui plus est en Nouvelle-Calédonie, demande une très grande patiente et un sens inégalé de la diplomatie puisqu’il leur faut savoir trouver des solutions ponctuelles qui puissent non seulement convenir à tous, mais aussi devenir celles des responsables politiques locaux qui n’en finissent pas de se chamailler tels des enfants gâtés du colonialisme au chevet de l’entreprise. Quelles sont donc les variantes de cette politique de la main tendue qui se réclament toutes du nationalisme?
Les mensonges de la doctrine nickel. Croire que les indépendantistes veulent une aide par apport en capital pour ne pas obérer l’avenir de SLN serait une grossière erreur de jugement. D’abord parce que l’option de la recapitalisation de l’entreprise sans prise de participation majoritaire ne répondrait pas du tout aux attentes des partis indépendantistes PALIKA, UC, UPM et RDO. Ensuite parce que la revendication foncière dans laquelle s’inscrit la doctrine les empêche d’intégrer ce que sont les responsabilités et les obligations incombant à un actionnaire. Au-delà des slogans politiques sur l’autodétermination des peuples à disposer d’eux-mêmes et sur le contrôle de la ressource, l’objectif des leaders invoquant la dite doctrine se limite à la perception de dividendes et à l’augmentation unilatérale du nombre des actions permettant l’augmentation de ces derniers – et in fine à la prise de contrôle de son domaine minier pour assurer la fuite en avant de leur stratégie hazardeuse. Aussi, entendre Rock Wamytan dire qu’il revient à l’Etat de faire des propositions, et que celles qui ont été faites ne leur conviennent pas parce que ce dernier qui se substitue pourtant à l’actionnaire local défaillant demande pour des raisons de transparence la rétrocession d’une action dans STCPI – ou encore Louis Mapou dire qu’il s’agit d’une régression – démontre à quel point les leaders indépendantistes sont non seulement dépendants des symboles et postures politiques – mais surtout des aides de la France.
L’impossibilité d’une administration directe. Pour leurs parts, Les Républicains proposent carrément une nationalisation de l’entreprise par l’Etat qu’ils souhaitent voir devenir majoritaire au capital de SLN. La « mise sous cloche » proposée par Grégoire Bernut est un contre-sens absolu qui irait à l’encontre des dispositions de l’accord de Nouméa prévoyant le transfert des outils de développement économiques à la Nouvelle-Calédonie. Pour le coup, ce serait une véritable régression qui ne manquerait pas de rappeler l’administration directe de l’Etat au lendemain des heures les plus sombres. L’Etat français n’a bien sûr pas vocation à devenir directement actionnaire, à fortiori majoritaire, dans des sociétés ultramarines, surtout lorsque celles-ci opèrent dans des domaines qui ne sont pas stratégiques pour la France. La Nouvelle-Calédonie est, rappelons-le, inscrite sur la liste des pays à décoloniser de l’ONU, et même si pour l’institution supranationale la décolonisation ne mène pas forcément à l’indépendance, il serait mal venu de voir la France nationaliser SLN simplement parce que les responsables politiques locaux n’arrivent pas à s’entendre sur les modalités de son sauvetage.
L’impasse de la voie médiane.Fin juin 2008, la présidence de la province Sud par la voix de PROMOSUD rejoignait les indépendantistes réunis au sein de NORDIL. « Il me semble nécessaire que le Pays prenne la majorité dans la SLN qui fait partie du patrimoine collectif des calédoniens » affirmait en substance Philippe Gomes. Une telle majorité aurait selon le leader de Calédonie Ensemble pour effet de sécuriser les retombées en faveur du Pays et permettrait de définir une politique volontariste de modernisation de l’outil industriel. Or, majorité ou pas, dans le meilleur des cas SLN se trouve aujourd’hui et pour les années à venir dans l’impossibilité de générer des profits, donc de distribuer des dividendes, voire-même de continuer à assurer les retombées économiques, tandis que pour des raisons bassement matérielles la minorité de blocage des 34% détenus par STCPI n’a pas jugé bon de s’opposer à la distribution de 89 milliards de francs de dividendes en 2012 et 2013. Pas plus que l’actionnaire parisien, les leaders politiques calédoniens n’ont opté pour l’investissement qui aurait peut-être permis de moderniser l’outil industriel. Par contre, ils ont allégrement vidé les caisses de STCPI, tandis que les représentants de NORDIL qui perçoit 75% des 30 milliards de dividendes, refusent de céder une action pour sauver SLN de la faillite. Il n’y a bien sûr pas d’émancipation possible sans responsabilisation des acteurs locaux. Aussi, il reviendra une fois encore aux représentants de l’Etat de trouver une solution acceptable (mais non pérenne) afin de maintenir la tête de SLN hors de l’eau – et à chacun des partis politiques locaux d’en revendiquer la paternité.

 

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