La politique du pire

VuCopie-de-PICT0028 la conjoncture économique, la gravité de la crise du nickel et la situation extrêmement préoccupante dans laquelle se trouvent l’ensemble des opérateurs miniers et métallurgiques calédoniens, on peut se demander s’il est vraiment opportun pour le président de STCPI, André Dang, de relancer le débat fratricide des 51%. Faut-il vraiment tuer SLN pour tenter de sauver SMSP aujourd’hui elle aussi au bord de la faillite ? Faut-il lui ravir son domaine minier pour alimenter des usines offshore qui couvriront tout juste les pertes de la mine, feront du chantage à l’emploi et légueront un passif environnemental à combler par les générations futures? Le droit d’inventaire ne permet-il pas aujourd’hui de dire que le nationalisme de la ressource fut une lueur d’espoir dans un théâtre d’illusions ? Contraints et forcés par la crise du nickel les politiques calédoniens présents au dernier Comité des signataires en appellent depuis à la solidarité entre opérateurs et au soutien de l’Etat.
L’Etat au secours de SLN. Lors de sa visite à l’usine de Doniambo le premier ministre a annoncé un plan de soutien prenant la forme d’un prêt accordé à SLN qui pourrait être porté par l’actionnaire local STCPI. Or André Dang cherche à utiliser l’offre de prêt de l’Etat pour recapitaliser SLN et ainsi tenter de prendre le contrôle du capital et de la ressource minière. Si cette initiative n’est pas surprenante, elle est inopportune et ne peut aboutir qu’à de nouveaux conflits. L’Etat a en effet choisi l’option du prêt à SLN via STCPI plutôt que la recapitalisation de la maison mère Eramet pour des raisons à la fois financières et techniques. Tout d’abord les autres actionnaires d’Eramet, au premier rang desquels la famille Duval, ne peuvent pas suivre financièrement. Un engagement unilatéral de l’Etat aurait donc eu pour conséquence de diluer les actions des autres actionnaires, ce que la famille Duval est en droit de refuser en invoquant le respect du pacte d’actionnaires. La seconde raison est technique et tient aux directives de l’Union Européenne qui encadrent strictement les soutiens des Etats membres. Prêter à STCPI (détenue par des collectivités publiques d’un territoire associé et non membre) permet en effet de contourner certains obstacles alors que la France est sommée (notamment par l’Allemagne) de respecter ses engagements budgétaires, faute de respecter les directives européennes du traité de Lisbonne, à savoir un déficit public égal ou inférieur à 3% de son PIB.
L’opportunisme des intermédiaires. La vocation de l’offre de prêt de 200 millions € de l’Etat aux collectivités publiques calédoniennes dans STCPI serait donc doublement détournée si l’opération financière devait aboutir à la recapitalisation de SLN au profit exclusif de l’un de ses actionnaires. En effet, le but du président de STCPI est d’utiliser cet argent (que l’Etat n’a pas et ne peut en principe directement prêter) pour augmenter la part de l’entité locale dans les capitaux propres plutôt que les capitaux permanents de SLN. Grâce au soutien financier de l’Etat, le représentant de l’actionnaire calédonien entrevoit ainsi une opportunité de prendre la majorité du capital et des droits de vote afin de mettre la main sur une ressource minière représentant 53% de la surface concédée du territoire. Or, la vocation de l’offre de prêt faite par l’Etat est d’aider SLN à surmonter la crise et non de transférer la majorité des actions et des droits de vote à la Nouvelle-Calédonie. Bien entendu, si l’option de la recapitalisation de SLN était retenue par l’ensemble de ses actionnaires, il serait alors tout à fait logique que son soutien financier par l’actionnaire Eramet soit traité de la même manière. En toute logique, la dette de SLN à l’égard d’Eramet devrait également remonter des capitaux permanents aux capitaux propres, ce qui ne permettrait plus à STCPI de prendre la majorité.
L’irresponsabilité politique. L’objectif que s’est fixé André Dang n’est donc pas plus crédible que ses arguments, à savoir que les collectivités calédoniennes ne doivent contribuer qu’à hauteur de leurs participations au niveau des capitaux propres. En effet, ce propos est bien mal venu lorsque l’on sait pertinemment que les institutions provinciales n’ont jamais assumé leur rôle d’actionnaire, et qu’elles ont préféré distribuer les dividendes perçus pour couvrir les pertes abyssales de leurs propres sociétés, plutôt que de les prêter à l’entreprise en difficulté. Assurément, les frivolités provinciales ont démontré aux représentants de l’Etat que les collectivités publiques calédoniennes n’ont ni les moyens techniques et financiers, ni la culture industrielle, pour soutenir SLN. Par ailleurs, l’offre proposée par le premier ministre n’est qu’un plafond et STCPI n’est bien évidemment pas obligée d’accepter un prêt de 200 millions €. Elle doit au contraire aligner sa contribution effective (en compte courant d’associé) sur celle d’Eramet dans le respect du niveau des participations aux capitaux propres, à savoir 56% et 34%. L’intervention d’André Dang n’est donc pas constructive et va à l’encontre des messages d’apaisement envoyés par Manuel Valls lors de sa venue en Nouvelle-Calédonie’ A quelques mois d’échéances importantes, les forces vives du territoire ont en effet besoin de se trouver sur l’essentiel, à savoir la construction d’un destin commun basé sur le respect, le dialogue et la confiance.

 

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