Frivolités provinciales

décolonisationComme envisagé l’Etat est venu porter secours au nickel calédonien. Et contrairement aux autres hauts dignitaires, le chef du gouvernement de la République n’est pas venu uniquement parler de « destin commun » de besoin d’unité. Comme son mentor il a voulu « parler vrai ». Il n’a pas visité l’usine du Nord et s’est immédiatement rendu au chevet de la vieille dame en manque de liquidité. La tension était encore palpable mais le pronostic est réservé. Il faut dire qu’elle a vécu, survécu plusieurs guerres et doit être ménagée la Mamma. Et comme prévu, ils sont venus, ils étaient tous là : les fils maudits et les frères de lutte, fiers comme des chiens à deux queues, courbant l’échine devant les obligations du protocole, affichant la mine satisfaite de petits provinciaux suivant partout le premier ministre distribuant les marques de considération et les paniers garnis.
Un prêt de 24 milliards XPF. Le soutien apporté par l’Etat à SLN aurait tout aussi bien pu prendre la forme d’une recapitalisation d’Eramet ou de garanties bancaires, le but étant d’assurer les besoins en trésorerie de SLN et de lever des fonds pour financer la construction de la nouvelle centrale. Mais il y avait urgence car Eramet est le seul contributeur et son soutien financier n’est pas sans limite. C’est donc une autre option, un prêt pouvant aller jusqu’à 200 millions € qui a été choisi, et cela pour des raisons techniques et financières, mais aussi et surtout afin que les actionnaires calédoniens comprennent bien que s’ils sont en droit de percevoir des dividendes lorsque l’entreprise génère des bénéfices, en tant qu’actionnaires ils ont aussi la responsabilité de soutenir l’entreprise en temps de crise. En effet, ces derniers ont allègrement dépensé les 30 milliards de francs récemment perçus par STCPI au titre des dividendes en provenance de SLN. Ils ont donc été dans l’incapacité de soutenir la plus grande entreprise calédonienne dont ils se font pourtant les dignes ambassadeurs. Pendant qu’Eramet, l’actionnaire maudit, assure seul les besoins en trésorerie de l’entreprise traversant de graves difficultés, les frivoles calédoniens se félicitent d’être capables de « se rassembler sur l’essentiel », c’est-à-dire de remercier une fois encore la France qui paie avec l’argent qu’elle n’a pas.
C’est la France qui paie. Cette dépendance accrue est la marque de fabrique de la Nouvelle-Calédonie comme des autres régions ultramarines. Elle contribue parait-il à la « grandeur de la France », laquelle a tout de même été contrainte de réintégrer l’OTAN, foulant ainsi au pied la mémoire du général De Gaulle. Mais face à la situation préoccupante de SLN, les partisans de la montée au capital ne parlent plus qu’à demi mot des 51% car il n’y a plus de dividendes à distribuer. Ils ne parlent plus de secteur stratégique pour l’économie calédonienne car en tant qu’actionnaire ils ont l’obligation d’investir. Plus encore, à des niveaux ou la gestion d’entreprises devient plus opaque, les difficultés de SLN rejaillissent sur la santé plus que fébrile des entités locales, SPMSC et SMSP, qui tels des rémoras (suckerfish en anglais) se nourrissent en secret des dividendes de SLN perçus par STCPI. Les collectivités publiques calédoniennes sont aujourd’hui conscientes que la vieille source de revenus est en train de se tarir, que SMSP est au bord de la faillite, et que le modèle préconisé par la province Nord n’est pas meilleur que celui qui fut adopté dans le Sud. En effet, si l’entrée de SPMSC au capital de Goro Nickel en 2005 fut bien mal ficelée, la participation optionnelle de SMSP dans l’usine du Nord fut fatale. Toutes les filiales du groupe SMSP (KNS, SNNC, NMC, CTM) sont déficitaires et les ardents défenseurs de la doctrine nickel sont aujourd’hui inaudibles. Le seul recours proposé par les voix discordantes est la reprise en mains par l’Etat. Nul ne doute qu’à un an des échéances présidentielles, les grands commis sauront se montrer généreux avec les deniers de l’Etat.
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