Tests de performance

3 secondes chronoLes élus du Congrès réunis en session extraordinaire ont livré leurs interprétations du schéma minier en répondant aux questions concernant les exportations de minerai. Il appartient désormais au président du gouvernement de prendre les décisions qui s’imposent – à défaut de pouvoir reconnaître publiquement que c’est sur une interprétation erronée du schéma minier qu’il a bloqué pendant deux mois et demi les demandes d’autorisation d’exportation vers la Chine et le Japon. Un refus, ou une esquive, constituerait sans aucun doute un déni de démocratie. Non seulement le Congrès est l’assemblée délibérante de la Nouvelle-Calédonie, mais l’exécutif du territoire est un gouvernement collégial, élu par le Congrès et responsable devant lui. Non seulement le président est tenu par les interprétations du Congrès, mais il a personnellement demandé l’éclairage démocratique de ce dernier sur l’interprétation du schéma de mise en valeur des richesses minières.
Tout expliquer, sans rien révéler. Il est toutefois navrant de voir que c’est la loi du nombre plutôt que celle du sens qui s’impose à l’exécutif. Les élus du Congrès se sont effectivement exprimés sur les questions posées par le Haut-commissaire, mais sur le fond les lignes n’ont malheureusement pas bougé. Malgré les échanges, la dialectique n’a pas évolué d’un iota : thèse, anti thèse, sans synthèse. Chaque coalition est restée sur ses positions, et à l’issue d’un débat interminable les partisans des exportations ont finalement et fort heureusement imposés in-extremis leurs vues par le nombre. Pourtant, même après la session extraordinaire, chacun des partis est resté sur ses positions initiales. Pour ou contre les exportations, le dogme a prévalu, l’idéologie a survécu, les motifs d’oppositions frontales sont restés intacts et la lecture des communiqués faisant suite aux votes démontre que la stratégie nickel réclamée par tous n’est pas prête de voir le jour. Le débat démocratique qui a eu lieu reste donc un simulacre, au mieux un euphémisme pour un mode de gouvernance propre à l’affrontement d’intérêts sans grand espoir de compromis. Des vestiges de l’Ancien régime démontrent sans aucun doute le manque de maturité de nos institutions républicaines. Quant aux explications de textes, elles consistent à tempérer, à cacher, à noyer l’information. Elles ont recours à la multiplication des clichés officiels et de redites, et ce afin de tenter de faire naître l’oubli. Liberté d’expression, éthique journalistique… On peut simplement s’étonner que la demande de consultation à domicile organisée par le président du gouvernement afin d’autoriser NMC à doubler les volumes d’exportation de minerais à destination de la Corée n’ait pas fait la une des supports médiatiques. Il s’agit pourtant d’une autorisation d’exportation annuelle portant sur une durée, des volumes et des teneurs bien supérieurs aux minerais latéritiques qui devraient être destinés à la Chine au cours des 18 prochains mois.
Au-delà des autorisations. Si l’interprétation fournie par les élus n’était pas nécessaire, elle se révèle pour autant fort utile. On regrettera toutefois que la session extraordinaire n’ait pas permis à l’ensemble des représentants de mesurer l’urgence et la gravité de la situation dans laquelle se trouve les sociétés minières et métallurgiques – et leurs sous-traitants. Depuis la fin 2014, la demande chinoise se contracte, et sa stratégie industrielle et commerciale a fait naître un surplus de l’offre sur la demande. Au cours du quatrième trimestre 2015 nous pourrions assister à une légère hausse du prix du nickel due à une nette réduction de la production des Philippines en période de mousson. Mais les chinois excellent désormais dans l’art de maintenir les prix au plus bas afin de reconstituer des stocks élevés. Ils diminuent depuis le début 2014 leur production de fonte de nickel et maintiennent l’importation à bas prix de nickel métal. Cette surproduction des capacités extérieures devrait continuer à maintenir le cours du nickel au-dessous du prix d’équilibre des deux tiers des unités de production. Dans ces conditions, et comme je l’avais annoncé il y a maintenant un an, malgré le doublement de la production minière depuis l’entrée en vigueur du schéma, les sociétés calédoniennes vont générer des pertes colossales plaçant les collectivités publiques dans une situation extrêmement difficile. Pas de dividendes de la part de SLN, quelques reliquats en provenance de STCPI et SNNC, mais pas suffisamment pour que SPMSC et SMSP puissent assurer seuls le service de la dette au cours des prochaines années. Contraint de vendre des actifs, Glencore a depuis suspendu la reconstruction du second four de KNS qui ne pourra pas atteindre sa capacité nominale comme prévu en 2017. Eramet a depuis annoncé la suspension de la construction de la centrale de SLN, ce qui ne lui permettra pas de gagner en compétitivité. VNC n’atteindra certainement pas les objectifs de rentabilité fixés par sa maison mère et saura tirer les enseignements de sa mésaventure calédonienne. En sous-capacité chronique due au manque crucial d’investissements productifs, NMC générera une perte nette de plusieurs milliards de francs. Cette dernière ne restera dans les limites des découverts accordés par les banques que grâce aux nouvelles avances de trésorerie consenties par POSCO. Faute de n’avoir pu fixer les orientations en temps voulu, les élus calédoniens de la nouvelle génération pourront au moins constater le fait que le devenir industriel de la Nouvelle-Calédonie est désormais pris en main par les multinationales. Il en va de leurs survies et de la sauvegarde de leurs intérêts.
[i] La production minière calédonienne est passée de 92 845 tonnes de nickel contenu dans du minerai en 2009 à 178 080 tonnes en 2014. Malgré les attentes, sur la même période, la production locale de nickel métal n’a progressé que de 52 132 à 82 754 tonnes. Dans le même intervalle, les exportations minières (Japon, Corée et Australie) sont passées de 48 561 à 70 328 tonnes de nickel contenu.
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