Logique du sens

logique du sensTout comme Zarathoustra, Glencore est à la croisée des chemins qui mènent l’un vers la banqueroute et l’autre vers la restructuration, l’un vers la mémoire du passé et l’autre vers l’imagination du futur – mais si le groupe a su encaisser les violentes attaques de la spéculation boursière, contrairement à Lehman Brothers, il n’est pas forcément la cible privilégiée des hedge funds. Son partenaire calédonien lui, ne varie pas d’un iota. Vitrifié dans ses hautes certitudes, il continue à jouer l’opacité et répète à l’envie les mêmes sempiternels messages sur ses « vieilles mines » et la rentabilité exceptionnelle de « l’usine calédonienne » en Corée. Pourtant, les autres mineurs exploitent eux aussi de vieilles mines et pour survivre n’ont pas besoin de céder 49% du capital de la société détentrice des titres et exportant le minerai. Ils exportent de plus basses teneurs en nickel et réalisent des profits distribués en Nouvelle-Calédonie. Comment SMSP peut-elle encore vanter les mérites et la supériorité de son modèle; puis faire appel à la solidarité des autres mineurs afin qu’ils aident sa filiale NMC qui n’a pas réalisé les travaux d’infrastructure et d’exploration nécessaires faute de moyens financiers ; et pour les remercier, pousse les politiques à demander l’arrêt de leurs exportations vers le Japon (un client traditionnel) au prétexte qu’ils dilapident le patrimoine? En agissant ainsi, SMSP offre le triste spectacle d’une fin de règne difficile. Les porte-paroles du comité de soutien à la Doctrine Nickel refusent également le droit d’inventaire, campent sur leurs positions et menacent de bloquer les mines. Comment peuvent-ils déjà avoir oublié le fait que si Jean-Marie Tjibaou s’était effectivement prononcé pour l’arrêt des exportations de minerais dans La Présence Kanak, c’était au bénéfice de la construction d’une usine dans le Nord? L’opposition quant à elle, cherche désespérément depuis des années à apporter la preuve des failles irréfutables d’un système qu’elle voue à la faillite.
Débat démocratique. Face à une situation de crise, les go-in-between tentent de trouver refuge dans les généralités, parfois tronquées, souvent bien-pensantes, appelant au débat démocratique pour mieux circonscrire l’ordre du jour. C’est naturellement tout à l’honneur de la Ministre de l’Outre-mer que d’avoir demandé au représentant de l’Etat de recourir à l’article 66 de la loi organique pour que soit organisée une session extraordinaire sur le nickel. L’ordre du jour sera-t-il à la hauteur des attentes ? Avec trois usines locales générant des pertes inquiétantes et une quatrième offshore maintenant la mine dans un état de sous-développement absolu, la Nouvelle-Calédonie peut-elle se permettre d’en rester au débat d’idée sur le fait d’exporter ou pas un volume négligeable de minerai à basse teneur vers la Chine – alors qu’elle a déjà délivré ces autorisations en 2011 et 2012? Qu’il s’agisse du sens qu’il convient de donner à ce qu’est un « client traditionnel » ou ce qu’est un « niveau sensiblement équivalent » des exportations, la réponse à ces questions reste conditionnée par la lecture et les perspectives que veut imposer à tout le territoire la Doctrine Nickel de la province Nord. Est-il ici question de logique ou de dictature du sens? 
Capacité d’analyse et liberté de penser. Il parait donc nécessaire que les élus du Congrès (mais aussi des provinces) transcendent par leurs interrogations la formulation de ces questions. En effet, pour pouvoir discuter sereinement de l’interprétation du schéma minier sur la question des exportations, ne faut-il pas avoir préalablement pris connaissance des véritables retours de dividendes du projet offshore? S’agissant d’exportations (soumises à autorisation) et non de métallurgie locale (déréglementée) au sens du schéma, comment est-il possible que les données sur les retours effectifs de dividendes ne soient pas rendues publiques et surtout vérifiables? Comment se fait il que les bilans, comptes de résultat et annexes détaillées ne soient pas accessibles? Pour se prononcer sur les orientations de la politique d’exportation de minerai, ne faut-il pas avoir préalablement lu les accords commerciaux (JVA) qui engagent l’avenir du territoire – accords dont les signataires ne sont même pas obligés de porter à la connaissance de la DIMENC, ce qui est une ineptie totale. Comment en effet, dans un pays où la ressource est censée être celle des calédoniens, une société minière peut-elle engager le territoire pendant une durée de 30 ou 50 ans dans un partenariat avec une société étrangère (contrôlant 49% de la société détentrice des titres et exportant le minerai), sans que les accords commerciaux soient accessibles à l’autorité de tutelle, et donc au public ? Enfin, pour se faire une idée de ce que représente réellement une participation majoritaire de 51% au capital d’une société minière et métallurgique, ne faut-il pas avoir préalablement mesuré l’impact de la financiarisation de la ressource et connaître le véritable coût financier des partenariats pour la Nouvelle-Calédonie? Comment se fait-il que les projections sur les retombées économiques locales évitent systématiquement de mentionner les profits qui ne reviennent pas en Nouvelle-Calédonie ou les produits financiers qui quitteront le territoire sans qu’aucun prélèvement ne soit effectué par voie d’autorité de la puissance publique? Ceci nous renvoie à la capacité d’analyse et à la liberté de penser. Nos élus auront-ils le courage et la sagesse de dépasser la question presque triviale des autorisations d’exportation de minerai vers la Chine afin de regarder ces réalités en face ?
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