Glencore dans la tourmente

kns_meetingRien ne va plus pour Glencore mais les jeux ne sont pas encore faits. Depuis le début de l’année le cours de l’action a chuté de 70%, passant de 229,07 à 68,61 pence, soit 1,04 dollars. Lors de l’annonce de la fusion-absorption d’Xstrata Plc, en février 2012, le cours de l’action était de 345,69 pence. Depuis la valeur boursière de la société Glencore Xstrata est passée de 65 à 16 milliards dollars. Une chute vertigineuse qui ne s’explique qu’en partie par celle des prix du charbon, du cuivre, du zinc et du nickel. Premier groupe de négoce de matières premières au monde, Glencore contrôle effectivement plus de la moitié du zinc mondial, presque autant du cuivre, un tiers de l’aluminium, un quart du charbon. Mais la société est avant tout un négociant, un trader qui achète sur les cinq continents et revend principalement en Chine. Or le ralentissement de la croissance chinoise arrive au mauvais moment. Le « merge of equals » ayant couté quelques 40 milliards de dollars pourrait lui être fatal car c’est surtout sa capacité à faire face à un endettement brut colossal estimé à 50 milliards de dollars qui affole les marchés. Les agences de notations affichent la mine des mauvais jours : Baa4 pour Moody’s et triple B pour Standard & Poors.
Rassurer les marchés des capitaux. Glencore a annoncé ne pas distribuer de dividendes, lever des liquidités par souscription et procéder à des arrêts, des mises en maintenance ou des cessions pures et simples d’actifs afin de réduire son endettement net d’un tiers avant la fin 2016. Mais rien n’y fait. La société a effectivement arrêté Falcondo en République Dominicaine et a cédé un certain nombre d’actifs comme son projet de nickel au Brésil à Horizonte Minerals ou de cuivre à un consortium chinois, mais les marchés restent inquiets. Une chute de 27% en un seul jour à la bourse de Hongkong, 29% à Londres. Plusieurs banques d’investissement dont Investec envisagent même la possibilité de défauts de paiement. Le rapport des dettes sur capitaux est en effet loin d’être rassurant: 1,12 contre 0,59 pour Rio Tinto ou 0.5 pour BHP. Glencore consacre tous ses efforts au repaiement des dettes et aux créances consenties aux clients en difficultés, ce qui en fait une société sans valeur pour les actionnaires, d’où une baisse de sa valorisation boursière. L’amplitude de cette dernière fait désormais courir le risque d’une banqueroute car avec la réduction des liquidités, la couverture de risque (des emprunts obligataires) lui coûte de plus en plus cher. Vu la taille et l’implication commerciale de la société, la situation pourrait avoir d’importantes répercussions sur le marché des matières premières comme sur celui des capitaux.
Glencore joue donc sa survie. Tout dépendra de la possibilité de vendre rapidement des actifs afin de réduire ses dettes à long et moyen termes de 30 à 20 milliards de dollars comme annoncé dans son plan de restructuration. Pour trouver des acquéreurs n’ayant pas de problèmes de liquidité, il faut bien sûr se retourner vers la Chine. Vu la conjoncture, la société n’a pas d’autre choix que de déprécier un certain nombre de ses actifs et d’en brader d’autres. Ce pourrait être le cas des 49% d’actifs qu’elle détient dans KNS. Le coût du projet était officiellement passé de 3,85 à 7,3 milliards de dollars avant les incidents concernant le vieillissement prématuré des réfractaires. A 8 milliards de dollars, le projet est largement surévalué et compte-tenu des problèmes techniques rencontrés, il ne pourra pas générer de cash avant plusieurs années. C’est un mauvais coup pour Glencore qui avait en effet annoncé aux marchés une production de 26 000 tonnes pour 2014 et 55 000 tonnes pour 2015. On est loin des prévisions et tous ces éléments laissent à penser que Glencore pourrait être contraint de déprécier d’une manière unilatérale ses actifs dans KNS, afin de les vendre à un potentiel acquéreur. Les jeux ne sont pas encore faits. Kenny Yves, le directeur de la branche nickel vient de rencontrer Georges Pau-Langevin. Si rien n’a filtré de leur entrevue, c’est qu’ils avaient en tout cas quelque chose de sérieux à se dire.
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