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DSC01488Dans la « Réponse aux apprentis comptables » de SMSP, il n’y a apparemment rien à redire sur le fond de l’analyse de son partenariat avec POSCO que livre Calédonickel, si ce n’est que cette dernière manquerait de transparence. « Pour que la comparaison soit valable » nous dit le secrétaire général, « il faut faire toute la transparence pour l’ensemble des acteurs ». Pour qu’elle « soit honnête et pertinente » l’analyse se doit également de faire référence à l’emprunt de 17 milliards de francs que NMC a réussi à lever pour « financer des investissements dans les outils de production et d’amélioration des conditions de travail ». Il nous parait donc important de prendre ces commentaires en considération et de compléter l’analyse puisque l’opportunité nous est offerte.
L’Emmaüs des mineurs. « Personne ne songe à nier les lourdes pertes accumulées par NMC » nous dit l’homme qui tient les cordons de la bourse d’une « société minière disposant de mines vieillissantes et dispersées sur tout le territoire, ce qui lui vaut une accumulation de coûts fixes bien plus importante que pour d’autres mines plus centralisées ». La serait le nœud du problème : des mines anciennes et dispersées ou toute la haute teneur aurait été prélevée… Sauf que cet argument est totalement fallacieux, et ce pour deux raisons majeures. La première provient du fait que la ressource minière est supposée, voire indiquée, mais mal reconnue. La seconde, que la dispersion géographique de NMC n’est pas unique. (1) S’agissant de la ressource, si en 2006 POSCO a accepté de construire une usine d’une capacité annuelle de 30 000 tonnes de nickel métal par an et de signer un contrat de fourniture minerai d’une durée de trente ans sur la base d’une teneur en nickel de 2,27%, c’est qu’il s’était préalablement assuré que la ressource existait. Si, conformément aux résolutions des actionnaires d’avril 2013, il a voulu construire un second four, c’est qu’il est convaincu que les ressources sont disponibles dans un domaine représentant 13% de la surface minière concédée avec des potentiels inexploités comme ceux de Boakaine. L’étude de faisabilité réalisée par le bureau d’étude australien IMC démontre que le doublement de production (de 30 000 à 54 000 tonnes) nécessite une bien meilleure connaissance des gisements, une réduction de la teneur d’alimentation (de 2,27% à 2,07%), l’augmentation du nombre d’heures d’opération (le passage de deux à trois postes) ainsi que l’ouverture d’un cinquième centre minier (Boakaine), ce qui vient ajouter plutôt que soustraire le nombre de centres disséminés sur tout le territoire. (2) S’agissant justement de la dispersion géographique invoquée comme cause d’accumulation de coûts fixes, cette caractéristique est bien évidemment le lot de toutes les sociétés minières en Nouvelle-Calédonie. Que ce soit la Société des Mines de Tontouta (SMT) appartenant au groupe Ballande ou la Société Minière Georges Montagnat (SMGM), la situation est tout à fait comparable. De mémoire, SMT existe depuis la fin des années 40, donc bien avant SMSP. Elle opère directement sur Monéo Cap Bocage depuis le début des années 70 ainsi que sur Nakéty depuis les années 80. Elle sous-traite également son site de Karembé à Minex et son site de Bogota à Gémini. SMGM existe depuis plusieurs générations et exploite la mine Vulcain dans la vallée de la Tontouta, des mines dans la région de Ouinné, de Poya et à Kaala-Gomen. De ce point de vue, la situation de NMC n’est pas du tout différente puisqu’une très forte proportion de l’activité minière calédonienne est effectivement localisée dans ces zones reculées, mais ô combien sensibles. Toutes ces sociétés minières exportant du petit minerai exploitent des mines dispersées et anciennes. Comme NMC, elles prélèvent des minerais qui étaient auparavant considérés comme du stérile, sauf qu’elles font en sorte de générer des profits qui sont réinvestis dans la mine. Elles financent elles-mêmes les infrastructures et les campagnes de sondage afin de pouvoir répondre à leurs obligations contractuelles. Le problème de NMC n’est donc pas celui des « mines vieillissantes et dispersées« , mais ceux bien plus existentiels des gestionnaires également vieillissants et dispersés de SMSP qui ne mettent jamais les pieds sur mine.
Entre hautes ambitions et basses œuvres. Malgré ses mauvais résultats, SMSP se dit fière d’avoir réussi à lever plus de 17 milliards de francs pour les besoins du projet d’extension de sa filiale. Elle se demande même comment les autres sociétés minières du territoire vont pourvoir survivre sans être asservies par des sociétés étrangères. Belle démonstration de « décolonisation » ! Ce prêt est en effet garanti par SNNC, donc grâce à la surface financière de POSCO – et non celle de SMSP. Pour quelle raison NMC ne finance-t-elle pas elle-même ses investissements ? Et bien tout simplement parce qu’elle est insolvable et que sa survie dépend des avances de trésorerie consenties par POSCO. Pour quelle raison SMSP n’aide-t-elle pas sa filiale en garantissant le financement de ses investissements productifs? Parce que la « rente métallurgique » dont elle aime à se prévaloir n’existe pas et qu’elle se trouve peu ou prou dans la même situation que sa filiale régulièrement interpellée dans le cadre des procédures d’alerte. Revenons donc sur le soutien financier aux investissements de 178 millions de dollars apporté par POSCO et sur les contreparties naturellement attendues. 13 milliards de francs devaient être consacrés à l’acquisition d’engins miniers et au développement des infrastructures comme les ateliers de maintenance sur mine, les stations de broyage et de concassage en remplacement des grilles de triage. Le reliquat devait être attribué à la géologie, la sécurité, l’environnement, la formation du personnel. Cela devait créer 450 emplois. Ou sont-ils ? Le contrat pour la construction des infrastructures entre NMC et POSCO A/C ne date pas d’hier puisqu’il a été signé le 14 février 2014. Ou en est-on ? 48 millions de dollars devaient être affectés à la construction de 54 bâtiments. Ou sont-ils ? Par qui ces infrastructures devaient-elles être construites et installées – et quel était le rôle assigné aux entreprises locales, a fortiori coutumières? La serait peut-être le nœud du problème? Si les coréens garantissent l’emprunt auprès de la banque coréenne, ils veulent en toute logique assurer la maîtrise d’œuvre et d’ouvrage en Nouvelle-Calédonie, ce qui atteste d’une méconnaissance des attentes du tissu économique local et va à l’encontre d’une gestion intelligente des relations communautaires. La venue des coréens -alors qu’aucun calédonien ne travaille pour SNNC- est en tout cas la raison principale pour laquelle des cadres de SMSP ont été débarqués sans aucun ménagement. Après quinze ans d’ancienneté le directeur des infrastructures, Jean-Jacques Canel, fut mis au placard dans un petit bureau excentré entièrement vide, sans fenêtre, ni rangement, sans téléphone, ni ordinateur. Embauché par Raphaël Pidjot, le contrôleur de gestion, Philippe Rivière, fut également destitué du jour au lendemain de toutes ses attributions et prérogatives. Ils furent avec d’autres membres de l’encadrement opérationnel (voir Cosa Nostra) littéralement jetés en pâture à un comité d’entreprise totalement asservi. Ils furent stigmatisés, traités de « saboteurs », à l’aide d’une banderole déroulée sur le parking du siège administratif, ainsi qu’à l’occasion de multiples réunions, pour avoir osé suggérer que les travaux d’infrastructures pourraient et devaient être réalisés en interne avec l’aide des entreprises locales. Pour que le syndicat enlève sa banderole infâmante, il fallut que j’aille voir André Dang dans son bureau pour lui dire que nous n’étions pas au Vietnam mais en Nouvelle-Calédonie, que ces méthodes de management étaient indignes d’une société se disant vouloir œuvrer pour la justice sociale, l’intérêt général et le développement durable, que si les médias étaient alertés, je me rendrais indisponible. Il consentit alors à appeler le représentant syndical (également sous-traitant d’une des filiales) qui ordonna sur le champ le retrait de la banderole. Pour autant, le préjudice moral subi reste considérable. D’une part, l’incapacité de mettre en œuvre le projet d’extension par la nouvelle équipe (peu regardante sur les méthodes de gouvernance employées) démontre bien que les inquiétudes des lanceurs d’alerte étaient parfaitement fondées. D’autre part, les méthodes de gestion des ressources humaines employées par la direction déresponsabilisent le tiers-instruit, démotivent les forces vives et paralysent l’entreprise. Naturellement, si les travaux d’infrastructures dont il est ici question avaient été réalisés, si les campagnes de sondage avaient été effectuées et les conditions de travail améliorées, ces mesures auraient effectivement permis de rendre NMC plus performante – et donc indépendante. Elle aurait peut-être pu faire face à ses obligations contractuelles et n’aurait pas été obligée de vendre son âme contre un soutien financier. Elle n’aurait en tout cas pas eu besoin de faire appel à la « solidarité » des autres mineurs. SMSP n’aurait pas eu besoin de plonger la Nouvelle-Calédonie dans une situation inextricable, ni de manœuvrer sur la scène politique pour tenter d’asphyxier les autres sociétés minières qu’elle contraint d’approvisionner l’usine offshore au mépris du cadre fixé par le schéma minier.
Post scriptum. « Hier, aujourd’hui, demain, l’intérêt général reste chevillé au corps de la SMSP et nous ne laisserons pas quelques polémistes gommer la vérité d’un coup de plume mal taillée» écrivez-vous en conclusion monsieur le secrétaire général. C’est bien mal apprécier le déficit d’image que connaît en interne tout comme à l’extérieur la société jadis dignement représentée par Raphaël Pidjot et Jean-Pierre Lapous. Tout le monde sait pertinemment que vos méthodes et votre fuite en avant ne peuvent durer éternellement.
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