Au-delà des intentions

Mine KoniamboS’il est important que soit établi une adéquation entre les ressources disponibles et les besoins réels des usines, le protocole d’accord signé entre NMC et SLN pour l’envoi en Corée de 350 000 tonnes de minerai par an demande tout de même quelques précisions. Il s’agit d’abord d’une réponse à une demande de solidarité exprimée par la SMSP et donc d’un accord limité dans le temps afin que NMC puisse théoriquement monter en puissance pour l’alimentation de la seconde ligne de l’usine de POSCO. Il faut ensuite dépasser le cadre des bonnes intentions.
Difficultés pratiques. Compte tenu des difficultés d’approvisionnement de la première ligne, il est peu probable qu’en l’état actuel de la connaissance de son domaine minier et de sa situation financière, NMC puisse fournir la seconde ligne à une teneur de 2%. Par ailleurs, en raison de ses coûts opératoires, la SLN réserve les teneurs supérieures à 2% a la transformation locale. Aussi, compte tenu des volumes annoncés, se pose plusieurs questions pratiques dont l’accès aux gisements de faibles teneurs ainsi que les moyens logistiques que cela engendre. Les délais d’instruction des dossiers, des délivrances d’autorisation et de la mise en œuvre de la planification minière semblent même incompatibles avec l’urgence de la situation. Bien sûr, sur les 350 000 tonnes, 200 000 tonnes devraient provenir des laveries de Tiebaghi et Népoui, ce qui réduit les contraintes administratives et opérationnelles, mais aggrave la situation commerciale et financière. De par leur nature, les coproduits ou refus exportés devraient contenir une teneur en nickel comprise entre 1,3% et 1,6%, avec une teneur en fer ne dépassant pas 16%, un taux d’humidité négligeable et une granulométrie inférieure à 30 millimètres. Le complément devrait lui être composé de garniérites d’une teneur en nickel inférieure à 2%, avec un taux d’humidité avoisinant les 30% et une granulométrie de 150 millimètres. Autrement dit, mathématiquement, suivant cette hypothèse, le minerai de la SLN à destination de Corée ne devrait pas dépasser la teneur moyenne en nickel de 1,77%, ce qui abaissera la teneur d’enfournement de SNNC, mais générera des pertes supplémentaires du fait des pénalités pour NMC.
Impasse contractuelle. La cession du minerai entre SLN et NMC se fait au prix du marché, ce qui veut dire que cette dernière vendra le minerai de la SLN à perte, une situation qui n’est pas tenable dans le temps. Le prix du nickel vendu par NMC à SNNC est fixé sur la base d’une teneur pivot de 2,3% avec à l’origine comme référence 23,75% du cours du nickel au LME. Pour chaque centième de teneur inférieur, et ce jusqu’à 2,2%, s’applique un mali de 0,7 cents par kilo, ce mali passant à 0,8 cents dans la tranche inférieure. Même si le discount des 5% a été supprimé à cause des difficultés rencontrées, compte tenu de la tarification contractuelle liant NMC à SNNC, la Nouvelle-Calédonie continuera de vendre le minerai à perte dans un marché déjà déprimé (aujourd’hui à 5.71USD la livre). A une teneur en nickel de 1,77%, donc un différentiel de 0,53% de teneur en terme de prix, la situation financière de NMC sera encore plus dégradée qu’elle ne l’est aujourd’hui et seules les avances en trésorerie de POSCO permettront a l’illusion du partenariat « gagnant-gagnant » de perdurer. Il en sera de même avec la contribution des autres petits mineurs qui pour la plupart exportent vers le Japon des teneurs inférieures à 2% au prix du Gogokai établi sur la base de 2,1%. Assurément, pour ce qui est de la mise en œuvre de la « Doctrine Nickel » il faudra dépasser le stade des incantations politiques et des alliances de circonstances.
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