Une autre ligne pour POSCO

L1010054Au-delà de l’affichage des 51%, des festivités officielles et des reportages complaisants autour de l’inauguration de la seconde ligne, le partenariat entre le mineur SMSP et l’aciériste POSCO repose sur deux contrats commerciaux. Le premier a été passé entre leurs co-entreprises NMC et SNNC pour la fourniture de minerai, et le second entre SNNC et POSCO pour la vente du ferronickel. Ces deux contrats nous éloignent de l’idéologie pour nous ramener à la réalité des affaires. En effet, pour bien comprendre les limites de la participation majoritaire calédonienne au capital des deux co-entreprises, et sur sa prétendue usine en Corée, il convient de se poser la question de savoir combien cette dernière a-t-elle effectivement rapporté à la Nouvelle-Calédonie ? Pour en comprendre les enjeux, il est également important de bien mesurer les risques encourus par le territoire en cas de défaillance dans la fourniture de minerai.
Dilapidation de la ressource. L’achat exclusif de minerai par SNNC à NMC est basé sur une teneur contractuelle de référence de 2,3% avec un système de majoration et minoration du prix selon les teneurs. Le fait d’alimenter l’usine avec un minerai d’une teneur moyenne de 2%, comme c’est actuellement le cas, engendre des pénalités importantes pour NMC au profit de SNNC. Conséquence et premier constat: à teneur égale la vente de minerai en Corée rapporte 15% de moins à la Nouvelle-Calédonie que l’exportation vers le Japon, laquelle est basée sur la valeur pivot de 2,1% du Gogokaï. Même si les petits mineurs et la SLN fournissent du petit minerai à NMC, cette dernière sera contractuellement contrainte de le vendre à perte.
Valeur ajoutée en Corée. L’usine a généré des profits, de l’ordre de 31 milliards de francs depuis son entrée en production contre une perte avoisinant les 8 milliards pour la mine. Selon l’idéologie des 51%, la Nouvelle-Calédonie est donc théoriquement en droit de recevoir un peu plus de 15,8 milliards de dividendes en provenance de Corée. Toutefois, plus de la moitié des profits n’a pas été distribuée et a servi à financer une partie de la construction de la seconde ligne imposée par POSCO. Résultat et second constat: une grande partie de la valeur ajoutée tirée de la transformation du minerai calédonien reste donc en Corée.
Effet d’optique sur la propriété de l’usine. La répartition 51/49 du capital social des co-entreprises NMC et SNNC en faveur de SMSP est une question d’affichage, tout comme sa participation dans l’usine du Nord. A teneur équivalente la vente du minerai rapporte moins que les exportations vers le Japon, la valeur ajoutée de sa transformation se fait en Corée, la majorité des profits ne revient pas en Nouvelle-Calédonie, tandis que ces derniers ont servi à financer une partie de la seconde ligne imposée par POSCO. Conclusion: l’illusion du partenariat « gagnant-gagnant » continuera à exister tant que les coréens pourront capter la valeur ajoutée tirée de la transformation du minerai calédonien pour développer leurs propres infrastructures. Pour pouvoir maintenir l’illusion de la copropriété la Nouvelle-Calédonie sera contrainte de fournir toujours plus de minerai au-dessous du prix du marché. Le jour où la SMSP ne sera plus en mesure d’approvisionner Gwangyang, POSCO récupérera alors 100% de SNNC, propriétaire d’une usine qui aura été financée à partir du minerai calédonien. Ces deux lignes de production serviront alors à traiter du minerai venant d’ailleurs. SMSP récupérera 100% des mines épuisées et à réhabiliter de NMC. Au-delà des apparences et des superlatifs, du sentiment de fierté et des grandes illusions, la seconde ligne qui vient d’être officiellement inaugurée en grandes pompes est donc bien celle de POSCO.
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