Main basse sur la ressource

OLYMPUS DIGITAL CAMERADécoloniser en assurant le contrôle des ressources naturelles détenues par la puissance coloniale, tous les despotes africains en ont également rêvé. Grâce à la croyance populaire et les méthodes d’influences occultes de l’affairisme local, la présence de l’ancien colonisateur a depuis été remplacée par l’emprise planétaire du capital des grandes entreprises nationales et multinationales avec ce que cela implique en termes de compromission et d’affichage. En effet, après les tentatives de nationalisation, l’industrie minière a partout été rouverte à l’investissement étranger car l’abondance de ressources naturelles crée des conditions propices à une revendication tout à fait légitime pour son contrôle, puis à des accords occultes pour son exploitation. D’ailleurs en quoi la majorité dans le capital de la SLN permettrait-elle à la Nouvelle-Calédonie de protéger sa ressource et de pérenniser l’exploitation minière, si elle monnaye une partie de cette dernière auprès des fondeurs japonais sous prétexte qu’ils procèderaient à un apport en industrie d’une capacité annuelle de 40 000 tonnes de nickel métal?
Contrôler le patrimoine. Fin 2011, lors de la cession des 26% du capital d’ERAMET alors détenus par AREVA, André Dang et Paul Néaoutyine avaient envisagé le rachat de ces mêmes actions avec l’appui financier de Nippon Steel Corporation. Grâce à l’influence supposée du président de la province Nord, donc en accord apparent avec l’Etat français, l’industriel nippon entrevoyait une opportunité de mettre la main sur un domaine minier conséquent appartenant à la filiale calédonienne du groupe. En effet, que la Nouvelle-Calédonie monte de 34% à 50,1% dans le capital de la SLN par le biais de l’échange avec les 4,03% des actions qu’elle détient dans le capital du groupe ERAMET, où qu’elle arrive à le faire indirectement en s’assurant d’abord du contrôle du capital et droits de vote de ce dernier par le biais de l’achat d’actions disponibles (et de l’appui nécessaire de Romain Zaleski afin d’influer sur la gestion de la SLN), le résultat escompté est le même. Il s’agit moins de prendre le contrôle de l’outil de production vieillissant pour le rendre plus compétitif, de préserver la ressource du pays des grands prédateurs, que de faire main basse sur son patrimoine minier afin de le monnayer sous couvert de participations de 51%.
Monnayer la ressource. Se servir d’une partie de cette ressource « revenue au pays » pour alimenter des usines offshore au Japon et en Chine comme en Corée sous prétexte que le minerai est trop pauvre pour être transformé localement procure assurément un gain immédiat en termes d’emplois sur mine. Toutefois, comme en Afrique, la Nouvelle-Calédonie court le risque non seulement de perdre le contrôle de sa ressource naturelle, mais également de ne point pouvoir récupérer la plus grande partie des profits tirés de la métallurgie, comme c’est actuellement le cas avec le partenariat SMSP POSCO, et comme se sera bientôt le cas avec l’usine de Goro ou celle de Koniambo puisque les résultats bruts d’exploitation seront minorés des charges financières exorbitantes issues du financement de la construction et de la montée en puissance des unités de production. Il s’agit de fuites en avant des capitaux qui servent soit à bâtir ce qui in fine reviendra à l’industriel offshore le jour ou le contrat commercial ne sera plus honoré faute de teneur, soit une captation immédiate de la rente financière au seul profit du partenaire étranger qui affiche ses bonnes intentions à l’égard du pays dans lequel il investit. Mettre en avant la rentabilité supposée de la filière offshore par rapport à la transformation locale du minerai riche et l’exportation brute de minerai pauvre n’est qu’un autre moyen de garantir les conditions de la surexploitation des ressources naturelles au profit du grand capital et de leurs intermédiaires qui proclament la nécessité impérieuse de nationaliser le vol de la petite nation en devenir pour mieux en monnayer la ressource.
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