Convergence pays

IMG_6963_edited-1-1Compte tenu des cours du nickel actuels et de son coût de production, la Société Le Nickel-SLN (SLN) devrait dégager cette année un résultat négatif de quelques milliards de francs, bien moins important que l’année dernière certes, mais probablement du même ordre que l’année précédente. Assez paradoxalement, c’est pourtant bien elle, au travers des dividendes distribués à la Société territoriale calédonienne de participation industrielle (STCPI) et plus particulièrement à travers la partie restant à redistribuer à NORDIL, donc à la SOFINOR, qui permettra à la Société minière du sud pacifique (SMSP) de pouvoir faire face à ses propres contraintes financières.
Difficultés à venir. La minière du Nord ne percevra pas de dividendes de Koniambo Nickel avant au moins 2018, tandis que les intérêts capitalisés de la Société de Ouaco continueront à être comptabilisés donc passibles de l’impôt sur les sociétés sans pour autant être perçus. Les dividendes en provenance de l’usine de Gwangyang seront plus limités que prévu, du fait notamment d’une production moindre que l’année passée et du coût de la mise en service de la seconde ligne de production. Pour sa part, compte tenu de la conjoncture et du niveau des exportations en baisse par rapport à l’année dernière, Nickel Mining Company (NMC) devrait réaliser elle aussi une perte alors que dans le même temps, elle devra assurer les coûts de la reconnaissance des gisements et la montée en production de la mine afin de fournir une partie de la seconde ligne et accroître sa compétitivité sur la première. Cotransmine devra renouveler une partie de sa flotte et la SMSP devra sans doute s’acquitter d’une partie substantielle du contrôle fiscal. Enfin, la minière du Nord devra faire face à ses propres échéances financières dans le cadre du financement de l’usine du Nord.
Opportunités à saisir. Rappelons que Xstrata s’était engagé à garantir l’intégralité du financement et qu’à la base le montage financier permettait au partenaire local de se reposer entièrement sur la surface financière de son partenaire du fait de la variabilité de la dette d’actionnaires, un avantage dont ne disposait pas la Société de participation minière du sud calédonien. Or ayant choisi de prendre part au financement, la SMSP devra du coup rembourser les emprunts qu’elle a bien voulu contracter alors qu’elle n’y était pas obligée. Etant donné le retard dans la montée en puissance de l’usine du Nord, les retours relatifs de l’usine de Gwangyang et les pertes consécutives de la NMC, les prochains remboursements de la SMSP se feront à l’aide de liquidités qui ne proviendront pas de ses propres activités minières et métallurgiques, mais bien des dividendes de la SLN restant à distribuer via la STCPI. En ce sens, une convergence pays faisant office de fonds de stabilité est à souhaiter, même si elle provient des profits de « l’écrémage des mines ».
Programme à imaginer. Cette aide de la SLN via la STCPI n’empêchera pas la SMSP de mettre en avant le fait qu’à partir de 2018 la province Nord redistribura ces richesses auprès de la population, des communes et autres entités publiques. Avec cet argent, elle financerait des activités créatrices de richesse et d’emplois, de protection et de valorisation de l’environnement, de développement et d’aménagement du territoire, y compris sur terres coutumières, de développement culturel et sportif, de soutien à l’éducation et à la formation, de prises en charge sanitaire et sociale des populations défavorisées… Compte tenu des cours du nickel, de l’évolution probable du marché au regard des stocks au LME, de la mise en production dans les toutes prochaines années d’installations chinoises de fonte de nickel en Indonésie, et donc des difficultés économiques et financières qui attendent les deux entités calédoniennes, nous sommes en droit de nous demander comment ce développement pourrait bien être financé ? Rendez-vous donc dans trois ans, bien que les deux dernières décennies auront été riches en enseignement et forts utiles pour se forger une opinion sur ce qu’il est réellement possible de faire dans ce domaine.
Collaboration à définir. En attendant que le nickel calédonien produise ses richesses et que les opérateurs soient enclins à les distribuer, la SLN devrait faire parvenir en fin d’année un premier minéralier test à destination de l’usine de Gwangyang. Les coréens seront ainsi contraints d’accepter des teneurs en nickel moindres et d’apprendre à traiter des refus de laverie, ce qui en soi est une très bonne chose pour la Nouvelle-Calédonie. Reste à savoir si POSCO acceptera de revoir à la baisse son prix pivot, c’est-à-dire de ne pas facturer à son partenaire des pénalités pour ces approvisionnements au-dessous de la teneur commerciale de référence? Rien n’est moins sûr! Reste à savoir si Eramet acceptera de traiter commercialement avec la NMC, plutôt que directement avec les coréens? Tout est possible, mais il faut espérer que nos deux opérateurs puissent s’entendre sur ces questions ô combien importantes pour la Nouvelle-Calédonie.
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