Les bonnes actions !

signatures41Les 8,02% qu’André Dang détenait dans le capital de la SMSP firent couler beaucoup d’encre et alimentèrent la critique, tant chez les loyalistes qu’au sein même du camp indépendantiste. D’aucuns de ses fervents soutiens et cautions politiques dirent d’ailleurs que ces actions posent problème à un certain nombre de personnes, en particulier à ceux qui se parent d’une approche purement idéologique en voulant méconnaître la dimension historique, humaine et professionnelle de ce dossier. Afin de prendre en considération ces éléments, il convient de faire un petit retour aux sources, quitte à prendre le contre-pieds de certaines idées reçues.
Le mythe d’une société ne disposant pas de titres miniers.  Selon la légende de Mystère Dang, un récit autobiographique conçut et se lisant comme un roman d’aventures, au départ la SMSP n’était qu’une société de tâcheronnage n’ayant aucun titre minier. Il est vrai qu’aux dires de l’expertise commanditée par Jacques Lafleur et réalisée par la Société d’Ingénieurs et de Techniciens en avril 1990, la société détenue à 85% par ce dernier était alors amodiataire de la Société Le Nickel-SLN sur les gisements de Ouazanghou-Gomen estimés entre 4 et 5 millions de tonnes de minerai à plus de 2,5% de teneur avec un contrat de fourniture annuelle de 250 000 tonnes, laissant ainsi présager une exploitation pendant au moins huit à dix ans. Pour que la société de tâcheronnage puisse survivre sur des mines où toute la haute teneur avait été prélevée pour alimenter l’usine de Doniambo, André Dang dut trouver les moyens de redonner une seconde vie à ces vieux gisements en travaillant directement avec les fondeurs japonais qui étaient en mesure de traiter du minerai d’une teneur plus basse. Pourtant, selon le même rapport d’évaluation destiné au rachat par la province Nord en 1990, la société détenait des titres en propre sur la Dent de Poya, à Poum et en association avec la Cofremmi sur les gisements de Kouakoué sur la côte Est. Au total, ces gisements non exploités étaient estimés selon le rapport à 5 millions de tonnes, soit autant que les massifs de Ouazanghou-Gomen.
Le mythe d’une coquille vide. La société gérée par Jacques Lafleur, son fils Pascal et Michel Quintard, avait déjà créé une ouverture commerciale vers le marché japonais par l’intermédiaire de Pacific Metal et vers les Etats-Unis via Gleenbrook. Contrairement à une idée reçue, malgré la fermeture des fours de Nippon Mining la SMSP n’avait donc pas perdu son unique canal d’exportation. Mais le repreneur a voulu noircir le tableau, soutenant que Jacques Lafleur avait « vendu une coquille vide aux kanaks » et que lors de la cession aux indépendantistes la société disposait d’une trésorerie négative de 500 millions de francs et un endettement non négligeable, affirmations très discutables au regard des documents comptables de l’époque. En effet, à la clôture de l’exercice de 1990, la SMSP affichait un report à nouveau positif de 815 millions de francs après distribution de 800 millions de dividendes au titre de l’exercice précédent, tandis que les dettes auprès des établissements de crédit s’élevaient à 683 millions, soit seulement 26% des capitaux propres, ce qui est un signe de bonne gestion. La société disposait d’une trésorerie positive de 376 millions, l’actif circulant étant supérieur aux dettes à court terme et dégageant un excédent de 467 millions. Le poste des autres créances s’élevant à 64 millions comportait principalement il est vrai celle sur le Trésor public relative à l’impôt payé à tort lors de la distribution d’acomptes sur dividendes. Certains se souviendront sans doute qu’une loi avait été spécialement votée pour exonérer l’actionnaire sortant de l’impôt sur le revenu des valeurs mobilières. Mais ces petits arrangements de la politique étaient évidemment bien plus préjudiciables au territoire qu’à la SMSP.
L’attribution des 8,02%. Pour consolider ses relations commerciales avec le japonais Pacific Metal, André Dang dut apporter il est vrai une caution personnelle de 10 millions de dollars auprès des japonais, et ce afin que la SMSP puisse renforcer le canal d’exportation avec ces derniers et ainsi racheter les vieilles mines ne pouvant plus alimenter l’usine de Doniambo. Au sortir de la crise du nickel et en contrepartie de salaires non versés, l’assemblée générale des actionnaires du 29 juin 1995 lui conféra 8,02% du capital de la société, en contrepartie de 159 millions de francs correspondants à un peu plus de quatre ans de travail non rémunéré. Cette décision fut prise, rappelons-le, à l’insu du représentant de la SODIL, actionnaire à hauteur de 4,62%, qui fut mis à l’écart suite aux questions jugées impertinentes de Nidoïsh Naisseline sur l’absence de distribution de dividendes en dépit des bons résultats annoncés. Pour justifier l’utilité de ces stock-options, André Dang a depuis coutume de dire que cela rassure les partenaires étrangers que de savoir que le président directeur général de la SMSP soit également actionnaire. « Voir un président actionnaire donne confiance dans la société auprès des clients, des investisseurs et des financiers » disait-il aux administrateurs dans son rapport de gestion du 9 octobre 1997. Mais si tel est vraiment le cas, si l’option d’achat au sein de l’entreprise est un outil de motivation et de fidélisation, alors la souscription d’actions devrait être étendue au travers de l’actionnariat des salariés, idée à laquelle le patron a toujours été réfractaire.
La revalorisation des 8,02%. En réponse aux vives attaques formulées par Denis Milliard dans le journal Le Quotidien calédonien du 26 février 1997, le petit porteur fut contraint de déclarer qu’il était prêt à les rétrocéder immédiatement à la SOFINOR et à la valeur d’acquisition, si la demande lui était faite par les administrateurs de la SMSP. André Dang savait pertinemment que la société ne disposait pas de la trésorerie nécessaire pour racheter ces actions, et dans un courrier en date du 2 octobre 1997 adressé au président du conseil d’administration, il se ménagea une porte de sortie en prenant l’engagement ferme de cession de sa participation à la SOFINOR sur la base d’une valeur acquise et plus d’acquisition. Cet engagement prit la forme d’une promesse de vente sous condition suspensive portant sur les actions valorisées sur la base de la valeur mathématique découlant du montant des capitaux propres. La condition suspensive dont il est question subordonna la réalisation de la promesse de vente à la décision expresse de construction de l’usine métallurgique. Ainsi, André Dang introduisit un rapport à la fois exponentiel et temporel, en conditionnant le rachat de ses actions à la valeur mathématique aux termes de la réalisation de l’usine du Nord.
La donation des 8,02%. 15 ans plus tard il est clair que les conditions avaient bien évidement changé et la valeur des 39 607 actions de 800 francs chacune qu’il détenait avait nettement augmenté de sorte que SOFINOR se trouvait alors dans l’impossibilité de les racheter. Pour des raisons purement fiscales, les droits de mutation augmentant sensiblement lors d’une cession ou donation après l’âge de 75 ans, ces 8,02% représentant 39 606 actions (donc moins une) furent cédés en 2011, non pas à la SOFINOR à la valeur d’acquisition de 1995, mais à ses trois enfants à la valeur acquise. Elles furent cédées à titre gracieux et en pleine propriété, moyennant le paiement comptant de 365 millions de francs de droit de mutation, ce qui donne une idée de la revalorisation des actions. En effet, si entre 1990 et 2010, le capital social de la SMSP n’a pratiquement pas bougé, de 363 à 394 millions de francs, en revanche les capitaux propres du bilan social, qui sont la base pour évaluer les actions, sont passés de 2,5 à 57 milliards de francs, soit une valeur multipliée par 22,8.
L’Institut André Dang. Pour donner un aspect caritatif à la donation et se grandir ainsi aux yeux des autres sans jamais toucher aux causes de la nécessité, les ayants droit créèrent l’Institut André Dang, une association loi 1901 menant quelques opérations à but non lucratif dans le cadre des affaires héritées du père. Perfectae caritatis! Mais les 8,02% n’appartiennent pas à la fondation qui ne peut exister sans avoir préalablement été reconnue d’utilité publique, ce qui n’est actuellement pas possible en Nouvelle-Calédonie. En revanche, jamais il n’aurait pu venir à l’idée du père que ces 8,02% puissent revenir à la SOFINOR au prix d’acquisition ou à un groupement d’intérêt détenu, même partiellement, par les travailleurs anonymes du groupe SMSP, lesquels, sur proposition des partenaires sociaux, avaient pourtant fait de nombreuses concessions pour que la société survive faute de prospérer. Comme il est difficile de se résoudre à l’idée de convertir l’ingratitude des hommes en mansuétude et le fiel des expériences humaines en pardon!
Publicités
Cet article a été publié dans Gouvernance. Ajoutez ce permalien à vos favoris.